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Mozaikrim

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Mauritanie : Sourions... Ca ira mieux Incha'Allah !

Mauritanie : Sourions... Ca ira mieux Incha'Allah !

Des jeunes à M'Berra. Crédit : Mamoudou Lamine Kane
Des jeunes à M'Berra. Crédit : Mamoudou Lamine Kane
Le communautarisme et le tribalisme au summum de leur forme, la crise politique qui perdure, une gabegie plus vicieuse et exclusive que jamais, la méritocratie toujours en panne, l'esclavagisme encore présent, la lutte contre la pauvreté dans les cordes... Autant de maux et de raisons de douter sans pessimisme aucun, de l'avenir mauritanien. Pourtant voilà quelques raisons d'espérer...

1- Aziz, le "mal nécessaire"

On aura tout dit sur le monsieur. Autant ses partisans en font le deus ex machina mauritanien, autant ses pires détracteurs en font le rapace déchirant de ses griffes la perpétuelle carcasse mauritanienne.

Entre ces deux visions, apparaît un homme qui s'est retrouvé là un peu par accident et qui est dépassé dans un sens par la tâche qui lui incombe. Pourquoi est-il une "bonne raison d'espérer"? Les profondes griffures qu'il trace dans les côtes de l'administration qui lui est complètement inféodée, la mainmise de son "oligarchie personnelle" sur l'économie du pays, à qui il a remis les clés de la plupart des secteurs porteurs, et tant d'autres maux, le présentent comme le "président de la rupture".

"C'est un mal nécessaire, donc salvateur, dans le sens où avec lui, apparaissent de manière presque caricaturale, les limites d'un système d'état basé sur la division. Et des consciences émergent, parfois extrêmes, et au compte-gouttes, mais qui vont se bouger pour essayer d'en finir avec cela. Espérons que ce sera de manière pacifique" analyse un éditorialiste d'un média francophone local.

2- L'éveil des Haratines

Parmi ces gens qui se bougent, beaucoup figurent dans la communauté Haratine, dont un de ses plus ardents militants pour leurs droits, et plus globalement pour une égalité entre mauritaniens, Birame Ould Abeid, parcourt la Mauritanie et le monde pour dénoncer un système d'état qui favorise l'accaparement des richesses et pouvoirs politiques par une minorité tribale.

"La crainte de ce système, et qui est fondée, est d'assister à un rééquilibrage des forces sociales, en faveur de tous finalement. Car la conscientisation à laquelle on assiste chez les Haratines ces dernières années, permet d'espérer une plus grande implication de toutes les composantes sociales et communautaires dans les affaires d'état, un jour. Pourquoi pas un président noir dans les 10 ans!?" prédit Balla Touré, secrétaire général d'IRA-Mauritanie, et membre du bureau politique du RAG, parti politique non-reconnu encore par les autorités.

3- Une économie en voie de diversification

Une pêche certes bradée, des mines dont l'opacité reste de mise, malgré la réintégration de la Mauritanie dans l'ITIE, des PME en panne d'inspiration dans leur ensemble... Malgré tout, jamais le monde de l'entrepreneuriat mauritanien n'a été aussi dynamique.

"Les enregistrements de dossiers ont doublé depuis 5 ans. Particulièrement, les jeunes offrent des services de plus en plus diversifiés, que ce soit dans le marketing et la communication, le nettoyage industriel, les télécommunications, et même dans les mines" assure un cadre de la chambre de commerce à Nouakchott.


Et la multiplication des institutions bancaires et financières, même si elle n'est pas un gage de la libéralisation de l'accès au crédit, peut accélérer tout de même l'émergence d'une classe moyenne depuis quelques années.

4- Un exode rural qui peut tendre à s'inverser

Les populations locales se fixent par l'implantation de structures économiques dynamiques et qui emploient, comme l'usine de transformation de sucre, celle prévue pour la tomate dans le Trarza, ou encore un projet agricole dans le Guidimakha financé par l'USAID.

Cela parait d'autant plus nécessaire pour un développent harmonisé de la Mauritanie dans son ensemble, et pour éviter les goulots d'étranglement urbains, que des villages enters se sont vidés de leurs forces vives masculines ces dernières années, à l'intérieur.

5- Une classe politique bientôt renouvelée

La crise politique actuelle résulte de tensions entre une majorité composée en grande partie d'anciens barons de l'époque de Taya, et une opposition qui s'est à peine renouvelée ces 20 dernières années. Certains des chefs de file de cette opposition prendront une retraite forcée, sous le poids de l'âge.

Les jeunes loups aux dents bien longues qui créent des parties proches du pouvoir, ou qui se greffent à l'opposition, ont pour la plupart en commun d'avoir comme ligne de mire des ambitions personnelles.

"Dès lors, on n'est pas réellement assuré que les jeunes qui viendront ne seront pas pires que leurs prédécesseurs. Mais là où il faut garder espoir, c'est dans le fait, que beaucoup de ces jeunes, qu'ils soient proches du pouvoir, ou dans l'opposition, ont auparavant œuvré dans le milieu associatif, et ont appris naturellement la culture de la négociation, et de la patience. Ils ont acquis une flexibilité naturelle qui fait défaut à leurs aînés. D'où une crise politique qui perdure depuis 5 ans" analyse un proche du parti pro-Aziz du Sursaut.

6- La chute des dictatures arabes

Les forces idéologiques exclusives liées au baathistes, ou aux ultra-arabisants (on n'insultera pas Nasser en les appelant Nasséristes), déclinent depuis deux ans, en même temps que celles de leurs pourvoyeurs financiers. Si elles mènent un baroud d'honneur, dans l'ombre du président actuel, à travers les "tracasseries" à l'endroit de la diaspora mauritanienne, dans le processus de recensement, ou la tentative vouée à l'échec, d'arabisation complète de l'administration et du cadre de travail, force verra l'épanouissement d'une société et d'un état mauritanien creuset dynamique de toutes ses origines.

7- Autonomie alimentaire dans les 10 ans?

La Mauritanie dispose de 47.000 hectares de terres arables et très fertiles, au bord du fleuve Sénégal. Un gros potentiel agricole qui reste encore sous-utilisé. Mais le récent geste fort de Mohamed Ould Abdel Aziz, a éventuellement ouvert la voie à une nouvelle dynamique dans la façon de faire de l'agriculture. Et surtout dans la façon d'aider convenablement les réels savoir-faire de ce secteur essentiel à l'autonomie alimentaire du pays.

"Le contexte climatique et géographique est si favorable, qu'avec un minimum de conviction politique, et plus d'implication financière de la part de l'état, la Mauritanie pourrait être un grenier non seulement pour sa population, mais également pour toute la sous-région" s'enthousiasme Yang Pei-Pei, chargée des affaires économiques à l'ambassade de Chine.

8- Des jeunesses dynamiques et ouvertes

Les jeunes: Une des meilleures raisons d'y croire. Si Mokhtar Ould Daddah a dit vrai sur la jeunesse, notant que le pays sera ce que sa jeunesse en fera, hé bien on peut être content et optimiste avec l'émergence de structures, économique comme la Jeune chambre de commerce mauritanienne, ou associative et sociale comme récemment l'inauguration du TedX de Nouakchott.

Ces entités ont en commun de mixer toutes les origines communautaires et sociales du pays.

9- Le sport, la musique et la littérature, facteurs d'ouverture sur le monde et de réunion

La qualification historique des Mourabitounes pour une première participation à la CHAN a suscité un raz-de-marée émotionnel et patriotique qui a transcendé le communautarisme ambiant, et laisser présager pendant quelques heures, le temps de l'euphorie, de ce que pourrait être ce pays magnifique par sa multiculturalité, débarrassé des oripeaux de la division.

Un présage qui se perpétue dans le métissage musical et originel de Bakhan, mais également sur un plan littéraire, par la perspective d'un éditeur passionné d'un type nouveau, comme Abdoul Aziz Ould Selamy, qui espère à travers l'édition révéler la "diversité riche de ce pays" et garder des témoins de leur temps.

10- Des pays limitrophes qui exerceront leurs influences


Entre un Maroc, en voie d'émergence, un Sénégal durablement démocratisé, et travailleur, et un Mali qui a passé l'écueil sécuritaire le plus hardi de sa courte histoire post-indépendante, la Mauritanie est entourée de pays qui sont sur chacun sur une voie qui leur fait espérer.

Un temps perdu dans des relations extérieures hasardeuses, la Mauritanie (re)-découvre la realpolitik, dans un contexte (comme précisé plus haut) où les alliances idéologiques font défection.

Une situation géographique, et contextuelle, qui devrait vite rappeler aux autorités actuelles, ainsi qu'à celles à venir, que ce pays est voué à être un (vrai) trait-d'union entre les mondes arabe et subsaharien. Pour son plus grand bien.

Mamoudou Lamine Kane