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Mozaikrim

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Armes : Le syndrome mauritanien

Armes : Le syndrome mauritanien

Dans le Trarza, une arme de chasseur. Crédit : MLK
Dans le Trarza, une arme de chasseur. Crédit : MLK

La circulation des armes à feu est encore un enjeu sécuritaire et social de première importance en Mauritanie. Son contrôle n'a pas encore fait l'objet d'une volonté politique forte. Or des évènements manipulés comme Niabina récemment, font légitimement craindre un usage excessif civil.

Au plus fort du siège de Niabina il y a deux mois, par la garde nationale et la gendarmerie, les autorités ont assisté à l'armement de civils qui s'apprêtaient à foncer tête baissée dans une rétribution, dans ce que les autorités elles-mêmes, dans la manipulation qui est la leur, ont laissé entendre comme un crime racial. Aucun mot sur cet anachronisme, et ce fait grave qui a rappelé les heures les plus sombres de 1989, d'un massacre à sens unique. La moindre étincelle aurait embrasé la région, puis le pays tout entier.

Heureusement la supercherie de la manipulation a été éventée: le "commerçant" n'était même pas blessé, selon des sources médicales qui ont parlé quelques semaines après.

Tout redevient calme jusqu'à la prochaine manipulation du peuple, d'un système aux abois.

Mais cela relance le débat sur le port des armes en Mauritanie. Une question cruciale de paix sociale et civile que les autorités n'ont jamais réellement pris à bras le corps.

Dans un rapport indépendant paru il y a 4 ans, et intitulé "Armes légères et sécurité en Mauritanie, Une perspective nationale et régionale", deux chercheuses de l'institut Small Arms Survey, après plusieurs mois passés sur le terrain mauritanien, estiment que près de 70.000 armes à feu sont en circulation, hors du contrôle des autorités de l'état.

L’étude révèle, par ailleurs, que "les deux sources d’approvisionnement en armes des Mauritaniens sont le marché noir (où l’on trouve des armes venues du Sahara occidental, du Mali, mais aussi de pays plus méridionaux, comme la Guinée) et les "fuites" organisées dans les stocks de l’armée". Le Sud-Est du pays, à cause justement d’une forte demande, est suspecté être le plus infesté par ces armes légères. C'est dans ce sud-est, durant cet été, au lendemain des affrontements inter-communautaires à Kaédi en juillet, des commerçants beydanes se sont baladés en toute impunité armés de fusils de chasse, aux yeux des forces de sécurité rendues sur place et sensées éteindre le feu.

"Aujourd'hui on a beaucoup plus de personnes armées qu'on ne pense en Mauritanie. Il n'y a rien de plus facile en Mauritanie que de trouver une arme à feu. Avec 45.000 ouguiyas vous pouvez vous procurer un 9mm" explique le gérant d'une des grosses sociétés de sécurité et de gardiennage de la place.

L'état au cœur de la régulation à venir

Mais tout de même, depuis l'attaque de la garnison de Lemgheyti en 2005, l'état a commencé à serrer la vis. "Et surtout depuis celle contre Tourine, l'état interdit et contrôle fermement les armes semi-lourdes comme les kalachnikovs, le Mauser K98, une carabine à répétition par verrou, et les fusils automatiques légers (FAL), qui font partie des stocks de la guerre du Sahara" explique un officier de l'armée à la retraite.

"Une des actions marquantes en ce sens a été de démonter toutes les boutiques au marché de la capitale. Au niveau de Nouakchott, c'est devenu difficile de se procurer une arme, mais au niveau des frontières, le trafic est encore important" continue l'ex-officier. Un trafic facilité par la dispersion des stocks d'armes de l'ancienne armée libyenne de Mouamar Khadafi, récupérés en grande partie par les touaregs, et les organisations terroristes, comme Ansar Al Sharia ou AQMI, qui en ont infesté le nord malien.

Au niveau des textes régulant la circulation des armes, le décret de 1960 avait prévu des exceptions à l'interdiction générale d'importation, de vente, de transport, de stockage et de possession d’armes, "mais les circonstances dans lesquelles celles-ci sont accordées ne sont pas précisées. Il est seulement indiqué que des autorisations peuvent être accordées aux personnes de haut rang, et qu'aucun permis d'importation ne peut être délivré aux personnes ayant été reconnues coupables d'infractions en matière de chasse" dit le rapport de l'institut Small Arms Survey.

Malgré cela, avec finalement une loi de contrôle des armes qui ne contrôle pas grand-chose, il y a eu une dissémination généralisée et hasardeuse de ces armes. D'autant plus que le prêt d’armes par l’état-major général de l’armée est une pratique courante. "Une note d’étude interne de la direction générale de la sûreté nationale mauritanienne estime que 50.000 des quelque 70.000 armes qui seraient en circulation dans la population mauritanienne proviendraient des forces armées" affirme l'étude de l'institut américain.

"J'ai vu des bergers, peuls ou maures, garder leurs troupeaux avec des armes de chasse. 90% des familles maures ont une arme, que ce soit une arme de gloire, ou de quelqu'autre type que ce soit" affirme l'ancien officier de l'armée.

"Il est urgent de définir un cadre légal et conditionné pour s'armer. Cela règlerait pas mal de problèmes, comme l'identification des personnes armées. Et si l'état joue bien son rôle de régulateur, et si dès le départ les conditions fermes pour l'obtention de ce permis sont clarifiées, il n'y a pas de raisons que les choses se passent mal. On peut prendre l'exemple marocain où ce cadre existe déjà et l'adapter à nos besoins mauritaniens. Tandis que là l'administration cherche encore des solutions qui existent déjà partout ailleurs" conclut le gérant de la société de gardiennage et de sécurité.