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Mozaikrim

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Danse contemporaine : L'hymne à la jeunesse dansée par la «5ème Family»

Danse contemporaine : L'hymne à la jeunesse dansée par la «5ème Family»

Cinquième Family. Crédit : MLK
Cinquième Family. Crédit : MLK

Neuf amis, dix-huit jambes en mouvement, une passion commune, et une volonté de moderniser LES danses traditionnelles mauritaniennes. Un pari en passe d'être réussi, et qui sera présenté en première partie de spectacle, à l'IFM le 11 novembre prochain. Rencontre avec un groupe de danse, issu du quartier du Cinquième à Nouakchott, et qui veut «créer une danse mauritanienne moderne».

Et pour cela quoi de plus logique, dans un premier temps, que de fusionner toutes les danses présentes en Mauritanie, hassanya, pulaar, soninké, wolof, avec le substrat du Mbalax tout de même qui forme l'ossature de cette novdanse. Et en faire émerger quelque chose d'inédit !

«C'est à l'école du Mbalax que la plupart d'entre nous avons été. D'ailleurs nous avons gagné deux fois d'affilée la finale de l'émission Oscars des vacances sur la TVM» raconte Pape Fall, leader du groupe.

«Nous avons tous commencé à danser dans les concerts des artistes locaux, comme Ousmane Guangé, Tchedel M'Baye. C'est ainsi d'ailleurs que Kevin nous a rencontré et proposé de créer ce premier projet de chorégraphie qui fera la première partie de la compagnie Kubilaï Khan investigations à l'IFM le 11 novembre prochain» affirme à côté de Pape, Batch Gaye, un des danseurs du groupe.

Des danses traditionnelles mauritaniennes, à une danse qui les fusionnerait dans une narration, Cinquième Family a dû se bousculer. Crédit : MLK
Des danses traditionnelles mauritaniennes, à une danse qui les fusionnerait dans une narration, Cinquième Family a dû se bousculer. Crédit : MLK

De la danse de spectacle à la danse contemporaine

Passionné de cultures, Kévin Jaglin, chargé d'actions culturelles à l'IFM, a vu le potentiel en ces jeunes danseurs. «Je les ai vus à différents shows, et à chaque fois je les imaginais préparer une chorégraphie inédite, et moderne, avec un thème; on sort justement du cadre des spectacles dont ils ont l'habitude. On joue plus sur la théâtralité, les regards, et les moments de silence qui imposent un autre rythme» affirme le jeune homme.

Un exercice nouveau pas facile à assimiler pour les danseurs du Cinquième, habitués à la spontanéité liée à leurs danses traditionnelles. «Les danses wolof et pulaar nous sont naturellement plus faciles ; pour les danses soninkés et hassanya, on a dû travailler plus. La rythmique soninké est beaucoup plus rapide que toutes les autres, avec une gestuelle plus manuelle, comme la danse hassanya, contrairement aux danses pulaar et wolof» explique le leader du groupe.

«La rythmique plus lente Hassanya favorise justement les moments de silence, avec une gestuelle plus économe» précise Kevin Jaglin . «Tous ensemble, on s'est longuement questionnés sur ce qu'ils veulent raconter. Ils ont voulu parler de la liberté de la jeunesse mauritanienne, qui vivrait selon eux confinés, sans perspectives» continue le chargé d'actions culturelles.

5ème Family. Crédit : MLK
5ème Family. Crédit : MLK

La danse pour la liberté de la jeunesse

«On se sent complètement pris dans un étau. On étouffe littéralement au Cinquième ! On parle de cet enfermement cyclique : dès qu'on croit sortir d'un enfermement, un autre nous encercle, nous étouffant dans un nouveau carcan» martèle Pape Fall.

«Le spectacle tourne ainsi autour de cette idée de lutte pour recouvrir une liberté sans cesse perdue, acquise, reperdue à nouveau...» souligne Kevin, extrêmement motivé, d'autant plus que la rigueur et le sérieux professionnel de ces passionnés de danse, est au rendez-vous. «La plupart d'entre eux ont des obligations professionnelles, et malgré cela ils sont là à l'heure, bossent comme des fous pour être au point, et ne rechignent pas à faire des efforts supplémentaires» encourage Kévin.

«Nous sommes presque tous tailleurs, avec un plâtrier, et deux élèves ; avec la Tabaski en plus, nous avons une charge de travail plus importante. Mais ce spectacle aussi qu'on prépare est important à nos yeux, car sera totalement inédit en Mauritanie ! » opine Moussa Mbodj, un des danseurs du groupe et tailleur de son état.

«On s'adapte à une nouvelle méthode de travailler, de danser, plus intellectuelle, où Kevin nous pousse dans nos retranchements, nous pousse à affirmer nos idées, et les mettre en danse» acquièse Adama Thiam, un autre danseur, élève pour sa part.

Une aventure humaine et artistique passionnantes pour ces jeunes du Cinquième, qui découvrent un horizon nouveau, qui craquèle les verrous du carcan différent qui rigidifie les mouvements de chacun d'entre eux.