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Mozaikrim

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Tabaal : Là où l'hospitalité n'est pas un vain mot

Tabaal : Là où l'hospitalité n'est pas un vain mot

El Khou Ould Sadhi, chef du village de Tabaal-1. Crédit : MLK
El Khou Ould Sadhi, chef du village de Tabaal-1. Crédit : MLK

Localité située à une cinquantaine de kilomètres, à l'ouest de Sélibaby, le village de Tabaal demeure un havre d'hospitalité, malgré un quotidien marqué par des difficultés régulières à surmonter les crises liées à la soudure et l'alimentaire, depuis 20 ans qu'il existe.

C'est à l'improviste quasiment, perdus en début de soirée, à quelques kilomètres d'une localité où une sensibilisation sur la nutrition infantile devait être faite, que nous arrivons à Tabaal, dans la commune d'Arr, au sud-ouest de Sélibaby. Présentations faites avec un groupe d'habitants qui revenaient des champs, on nous indique la maison du chef du village, El Khou Ould Sadhi. Dès l'arrivée au domicile du chef, en forme de concession, avec ses trois khaïmas en semi-dur, et que notre situation est expliquée, le ton est ferme et formel : "Dormez ici après avoir partagé notre dîner, et vous continuerez demain avec un guide du village". Le connaissant de réputation, un des animateurs de notre groupe nous fait signe d'accepter.

"Il est tard, et de toutes façons on avait prévu de dormir en brousse. Et puis je vous assure qu'il ne nous aurait pas laissé partir" nous prévient El Moustapha Ould Boulkheir, l'animateur en question, et acteur de la troupe-ONG de sensibilisation dans le Guidimakha, Alphas Chapo. Tabaal fait partie des villages du Guidimakha durement touchés par la crise alimentaire de 2012, et qui même si a capitalisé une certaine résilience, demeure relativement fragile encore. D'où la gêne ressentie de quelques membres du groupe, que Moustapha a aussitôt tempérée.

Aussitôt les débats clos, El Khou nous installe, avant, une heure plus tard, de voir sa femme Aminetou, nous présenter le méchoui d'une chèvre égorgée pour notre arrivée. "Ne vous inquiétez, nous le faisons pour tout égaré qui atterrit chez nous. L'hospitalité nous le commande" dit-il , sur un ton qu'on sentait, qui n'accepterait pas de débat sur le sujet.

Dès lors, il disparaît sous sa Khaîma; on ne le reverra pas avant le matin. On l'entendra juste psalmodier des versets du Coran jusqu'à une heure avancée de la soirée. Ce sont les mêmes litanies religieuses qui nous éveillent presque aux aurores, se préparant à accueillir les enfants du village à qui il enseigne le Coran. Dès 6h30 du matin le village résonne des litanies sacrées émanant des bouches enfantines, en cercle dans la concession.

Sa femme, Aminetou, refuse de nous laisser partir avant le déjeuner, après nous avoir offert un toît, deux fois un copieux méchoui, et des passages incommensurables de verres de thé. Après avoir compris qu'on chercherait une localité dont dépend le projet sur lequel on travaille, pour y passer la journée, avant d'attendre la fin de l'après-midi pour la sensibilisation suivante.

"Quand quelqu'un vient chez vous et vous montre autant de respect, même dans l'égarement, c'est que d'une façon ou d'une autre il vous apprécie. Je serais un piètre humain, et une piètre musulmane, si je vous laissais partir sans vous retourner ma considération" affirme la femme cinquantenaire, aux traits marqués par une sage douceur. Nous acceptons tous, devant la douce insistance d'Aminetou, avant que Moustapha ne demande pour le groupe, qu'aucun animal ne soit égorgé, et que nous mangerons ce que tout le monde mangera. "Eywa !" conclut laconiquement en riant, Aminetou.

En faisant nos salutations de départ auprès d'El Khou et sa famille, j'ai repensé avec persistance aux mots fatalistes d'Attar, le grand poète persan, qui dans sa poésie insiste sur la "dispersion des faveurs du Très Haut". A ceux-là la richesse matérielle, à ceux-là celle de cœurs, d'autres de l'esprit. De toutes, ce genre de moments rappellent, que la richesse des cœurs est bien celle qui sauvera cette humanité de plus en plus triste.