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Mozaikrim

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Tribune-Histoire : Octobre de l'oppobre

Tribune-Histoire : Octobre de l'oppobre

Crédit :: DR

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Depuis 1917, les mois d’octobre sont marqués par de grands événements révolutionnaires, tels que la révolution Bolchevique, la proclamation de la république Populaire de Chine, la crise des missiles de Cuba, en Indonésie l'accès du Général Suharto au pouvoir avec son record mondial de pertes en vies humaines, la création du parti des Kadihines de Mauritanie, les assassinats de Sadate, Indira Gandhi, du médecin Argentin Che Guevara, le franchissement de la ligne Bar Lev par l’armée Egyptienne, l’arrestation du General Pinochet à Londres sur simple plainte de citoyens lambda, la réunification des deux Allemagnes, la mort de Khadafi, la fuite de Blaise Compaoré...

En octobre 1987 des événements propulsent le continent Africain au devant de l’actualité en raison du landerneau qui s'est produit en Mauritanie, en Tunisie et au Burkina Faso.

- En Mauritanie c'est la découverte d un complot embryonnaire qui propulse le pays au devant de l actualité. L'alimentateur "Jeune Afrique" avec sa puissante artillerie de désinformation, en jumelage avec les architectes de confusion nationale ont contribué à la transformation des objectifs en réalité. Diviser pour régner. C’est a partir de cette date qu'est né le système Amok qui a implanté la haine, le mépris, le climat fratricide, et la différence entre les citoyens qui vivaient ensemble en parfaite harmonie.

C'est la "réussite dans l'échec" avec cette déchirure du peuple. Ce dossier pouvait être clos par une punition décourageant d''autres candidats. Hélas, le jeu de la démonstration de puissance aidant, avec la malignité et la soif de régner ad vitam aeternam, une parodie de justice mènera trois officiers devant le peloton d exécution, et d'autres en détention au bagne mouroir de Walata, dont le colonel Oumar ould Beibakar. Malgré l´intervention des sages, des religieux, des oncles de Maawiya, et de nombreuses personnalités de pays amis, le système est resté sourd. Ce fut l'adhésion et les premiers pas dans les pays violateurs des droits humains. Qu'il me soit permis de rendre un hommage mérité à tous ceux qui ont élevé la voix afin d'éviter des exécutions, en particulier à Serigne Abdoul Aziz Sy, et à l'imam Boudaha ould Boussery.

Cette méthode a été employée pendant la guerre d'Algérie contre les militants du Front de libération nationale (FNL), au Cameroun contre les militants de l'union des populations du Cameroun (UPC), en France pendant l'occupation, à Cuba, en Guinée Conakry, en Amérique Latine contre les guérilleros, en Ethiopie par le Deurg de Mengestu Haile Miriam.

- En Tunisie le vieux Bourguiba est renversé par son pur produit, le général Ben Ali. Le seul officier général tunisien sans Bac. C'est le fruit qui tue l arbre. Contrairement à la tradition, il ne s'agit pas d'un coup d état militaire, mais d'un coup d'état médical, dirigé par le Général Ben Ali, à la tête d un collège médical, qui par un certificat médical signé au ministère de La Défense met fin au règne de Bourguiba en octobre 1987. Constitutionnalistes a vos plumes.

- Au Burkina, le capitaine Blaise Compaoré assassine son alter ego Thomas Isidore Noël Sankara le jeudi 15 octobre 1987. Le médecin commandant Alidou Diebre signe le certificat de décès par "mort naturelle".

Un médecin de Nouadhibou emboîte le pas à son collègue Burkinabé. Pour mémoire : en février 1992, une unité de la garde nationale a ouvert le feu sur de paisibles militants de l'union des forces démocratiques (UFD- parti d'opposition ) devant le siège du parti à Nouadhibou. Il y a eu des morts et des blessés. Le médecin-chirurgien Megueya refuse de signer le certificat de décès faisant état de "morts suite à de légères blessures". A son antipode, un autre médecin étalera son inconscience et son irresponsabilité en acceptant la supercherie.

Blaise est humilié le jeudi 30 octobre 2014 par un soulèvement populaire ,toujours un jeudi, toujours en octobre. Toujours un jeudi, toujours en octobre, Khadafi, co-­auteur de l’assassinat de Sankara, est humilié et exécuté le jeudi 20 octobre 2011. «Il est mort c'est tout» disait-il avec sourire à la presse après l'assassinat de Sankara.

Blaise n'a pas entendu Modibo Keita, premier Président du Mali, qui avait dit lors son renversement : "pas une goutte de sang de maliens pour empêcher ce coup d état". Au Burkina, la suite est connue. Lot de morts et de blessés pour un assoiffé de pouvoir. La visite de Mitterrand dans ce pays était une prémonition. En effet, dans sa réponse au discours de bienvenue de Thomas Sankara, Mitterrand a dit : «Il n'est pas facile de dormir tranquille auprès de gens comme vous. Vous êtes dérangeant». Après l'échec de la guerre de l'Agacher en 1985, guerre qui n'a pas éjecté Sankara du pouvoir, la solution n'était autre que l'élimination physique. Il reste à trouver l'homme qu’il faut pour la sale besogne et le remplacement de Sankara. Les services de renseignements se mettent au travail. Travail dont le soubassement est de savoir sans la moindre erreur, les goûts et caprices de l'homme indiqué pour l'opération à savoir : les femmes, l'alcool, le pouvoir, l'argent, la bamboula, les belles villas, et autres objets de luxe. Blaise Compaoré qui tourne autour de l’appât, répond parfaitement au profil. Il y mord, et assassine Sankara, donne satisfaction à ceux qui l'ont choisi, et obtient son certificat d'aptitude. Intermédiaire agréé, il transforme son pays en bureau d'échange pour le versement des rançons, la "libération" des otages et devient le pivot des magouilles françaises dans la sous région.

Foccart tropicalisé, homme de main de Khadafi, il est impliqué dans les trafics d'armes, les guerres au Liberia, en Sierra Leone, en Côte d’Ivoire, au nord Mali... A titre de félicitations, le vieux Houphouet-Boigny lui "nomme" Chantal Terrasson comme épouse. Des informations invitant à la méfiance vis-à-vis de Blaise, Sankara n'avait qu’une réponse : «Si Blaise veut attenter à ma vie ce sera l'imparable».

Revenons au discours de Mitterrand. Qui empêche-t-on de dormir ? Pas besoin de loupe pour voir clair, ni d'intelligence pour la bonne réponse. Il s’agit de : Houphouet Boigny de Côté d'Ivoire, Eyadema du Togo, Moussa Traoré du Mali, certains lobbies français, le système amok de Nouakchott qui est resté au pouvoir de 1984 à 2007 avec sa compilation d'atteintes graves à la sagesse, à la grandeur, à l'hospitalité de l'homme mauritanien. Le pays est mis au banc des accusés comme le Chili de Pinochet, l'Argentine du Général Videla ,le Tchad d'Hussein Habré, la Guinée Conakry (régime de Sékou Touré)... Avec le système Amok, la vérité a pris le chemin du maquis, le larbinisme est devenu un menu ordinaire, le courage et l'honnêteté, un danger.

Sanctifié par l’extérieur, Blaise tombe dans l'outrecuidance, et devient incapable de prendre la température réelle de son pays en considérant son pouvoir comme bastion inexpugnable. Les événements de ce pays ont démontré qu'un peuple uni, peut renverser une dictature si puissante soit-elle. Les exemples ne manquent pas. Madagascar en mai 1971; pendant que Sankara et Blaise étaient en formation à l'école militaire d'Antsirabé, le Burkina en 1965, renversement de Maurice Yaméogo; au Mali en mars 1991, renversement du Général Moussa Traoré; en août 1963, au Congo Brazzaville; février 1978 renversement du Chah en Iran; Indonésie renversement du très puissant Général Suharto...

Sankara paraphrasé par l'histoire. Comme s'il avait vu venir ce jeudi 30 Octobre 2014, il avait dit devant l'assemblée générale des Nations unies : « En cas de tempête nous ne pouvons laisser à nos seuls ennemis d’hier et d’aujourd’hui le monopole de la pensée, de l’imagination et de la créativité. » Message bien reçu par son peuple et exécuté à la lettre. La lutte du peuple burkinabé tire sa plus grande admiration dans le refus de limiter sa victoire à la seule fuite de Blaise mais dans la continuité du combat contre la récupération non seulement par certains militaires mais par les hommes du système, qui comme des fauves sont aux aguets.

L'absence de telles précautions a été l'erreur commise en Mauritanie par les partis politiques en août 2005 après la «déportation» de Maawiya comme si ce dernier était seul coupable et responsable de tout. 2005 à 2007 le temps du TRANSI au lieu de la TRANSITION nous édifiera dans la réalité. L administration n'a connu aucun changement ni dans sa nature ni dans sa forme. Une pluie de critiques acerbes à l'endroit de Maawiya devient la chanson de geste des médias d'état pendant le transi. L'absence de mesures d'accompagnement comme la confiscation de biens, le blocage des comptes ou les poursuites judiciaires reste la grande surprise. Le PRDS parti au pouvoir, n'a jamais été saisi afin de justifier ses campagnes électorales. Un tel climat élimine tout esprit dubitatif sur la complicité des critiques de Maawiya.

Le bilan de l'homme renversé, pas le régime ne sera jamais établi. Le transi a été fluidifié par certains partis dont les gourdes sont asséchées par la longue traversée du désert. Le parachutage doré n'ayant pas fonctionné, le résultat a été à l'antipode de leurs espoirs. Depuis cette date (date de péremption des leaders politiques), la politicaillerie s'est installée. L'acte impolitique ouvre les portes de la démobilisation totale de nombreux militants convaincus qui ont crapahuté sans jamais céder aux chantages, menaces, intimidations et tentations de toutes sortes.

Aucune de nos plaies béantes et indélébiles (exactions, esclavages, problèmes des terres, éducation, détournements, l'impunité, la justice ......) n’ont été traitées. Au contraire elles ont été jetées dans la rade de la peccadille où elles s'encastrent. C'était le bon moment de faire notre autocritique, de regarder honnêtement nos forces et nos faiblesses afin d éviter les erreurs du passé pour construire l'avenir. Ceux qui tirent profit du système ont pris le chemin du sarcophage de tous les maux dont nous souffrons, confirmant leur implication sans nécessité de test ADN.

Dans la tristesse du Burkina (morts, blessés, biens saccagés...) il y a quelque chose de beau : l’arrêt des saccages, le nettoyage des villes, la prompte contribution financière des burkinabés de l’extérieur au profit des victimes, le refus de la sécurité présidentielle d’ouvrir le feu sur les manifestants, la reconnaissance de tous les morts comme martyrs avec funérailles nationales, la prise en charge de tous les blessés par l'état, et surtout d’accepter de discuter ensemble en se mettant au dessus des querelles stériles, des haines, des clans, des tribus, afin de défendre l'intérêt national. Ainsi tôt ou tard le sarcophage fondra devant la vérité . Tel est le cas de Sankara et ses compatriotes. la vengeance divine et les chutes humiliantes. « Dieu n’a pas créé d’individu qui ne meure pas, mais il en a créé qu’on n'humilie pas » proverbe peulh jamais démenti.

- Au Chili, le médecin-commandant Salvador Allende par rapport au général Pinochet arrêté à Londres par le juge espagnol Balthazar Garcia suite à une plainte de citoyens lambda

- Au Mali, Modibo Keita par rapport au duo Moussa Traoré /Tiekoro Baghayoko balayé par un soulèvement populaire.

- Au Mali Amadou Toumani Touré par rapport aux 157 militaires maliens qui au nom de La Défense de la patrie ont été égorgés ou abattus froidement après une dure résistance sans ravitaillement à Aguel hoc.

- En Tunisie Bourguiba par rapport au général Ben Ali réfugié en Arabie Saoudite après sa fuite.

- En Libye Khadafi par rapport à Sankara et Sidi ould Cheikh Abdallahi 1 er président de Mauritanie démocratiquement élu .

- Au Congo démocratique, Lumbumba par rapport à Mobutu chassé par une guérilla commandée par un Général de maquis. Pire à sa mort sa famille n a pu trouver un prêtre pour la prière mortuaire. L'actualité étant dominée par les décès de la princesse Diana d Angleterre et mère Térésa en Inde, la mort de Mobutu a été un non-évènement.

- En Mauritanie, Haidallah par rapport à Maawiya "déporté". Le Boomerang des déportations.

- Au Burkina, Blaise et Sankara se passe de commentaire : Dans la tradition africaine, se réfugier chez ses beaux-­parents est le paroxysme de l’opprobre en dehors de la fuite, et de l’appel au secours à la France après avoir erré. Comme disait l'autre, ce n’est pas le chemin qui est difficile, mais le difficile qui est le chemin. Blaise doit chercher un pays où se mettre en sécurité à l’abri de ses compatriotes et des Ivoiriens du FPI pour sauver sa peau d'une part, et d’autre part des poursuites judiciaires pour ses atteintes aux droits de l’homme. Sa présence encombrante en Côte d’Ivoire peut porter un dangereux préjudice électoral à Ouattara. Pour en avoir soupé, les américains peuvent réactiver le dossier du Liberia. Son départ pour le Maroc était prévisible mais pose des questions, même s'il est a l'abri des poursuites judiciaires comme Mengestou Hailé Mariam ex-président d'Ethiopie réfugié au Zimbabwé. L'hospitalité Marocaine va-t-elle résister aux impératifs diplomatiques, économiques et politiques pour garder longtemps cet étrange "étranger" ?

Malheur à ceux qui bâillonnent leur peuple

Wane Abdoulaye NETO

Colonel des douanes à la retraite