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Mozaikrim

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Mamadou Diallo, dit Saadio, peintre : Visiter Dakar via l'art pop à Zeinart

Mamadou Diallo, dit Saadio, peintre : Visiter Dakar via l'art pop à Zeinart

Saadio, à la galerie Zeinart. Crédit : MLK
Saadio, à la galerie Zeinart. Crédit : MLK

En contemplant les tableaux de Saadio, nous effleure l'idée que seul le pop'art pouvait décrire la vie bouillonnante, vive, colorée sénégalaise, de Dakar en particulier. Un écosystème urbain, que vous pouvez découvrir à la galerie Zeinart, depuis ce vendredi 16 janvier, avec comme guide touristique et artistique, Mamadou Diallo.

De ses 48 ans, Saadio a paradoxalement commencé sa carrière dans la peinture relativement tard. «Je peins depuis quinze ans. C'est vrai que je me suis découvert cette fibre un peu tard» opine-t-il d'un large sourire. «J'ai commencé avec l'abstrait; c'était convenu dans le milieu artistique que je fréquentais, mais on m'a vite taxé de copier le style d'un artiste sénégalais. Un peu décontenancé, et avec de la distance, j'ai découvert Jean-Michel Basquiat, qui m'a parlé, qui m'a inspiré» raconte-t-il.

Du coup, changement radical de mouvement, et de style : le pop'art s'impose à Mamadou Diallo comme l'évidence de sa catharsis artistique, et y plonge pinceaux joints. D'autant à ses yeux, que la vie à Dakar, et au Sénégal plus généralement, est totalement propice à l'éclosion et la maturation de ce mouvement. Une ville qu'il peint quotidiennement, et à qui il rend ces hommages visuels. «Dakar est une ville vivante, colorée, de la débrouillardise, et du consumérisme. Et le pop'art est un mouvement né avec la cadence infernale du consumérisme, qui a commencé après la seconde guerre mondiale» explique celui qui se revendique également de la culture "street art".

Petits boulots, de Saadio.

Petits boulots, de Saadio.

Une débrouillardise, et un consumérisme que l'on retrouve sur les murs de la capitale sénégalaise, et qu'il représente, de manière détournée sur ses tableaux. «Les murs de Dakar parlent, presque littéralement : il y a des graffitis, des insultes politiques, des indications géographiques, ils servent aussi de panneaux commerciaux etc...Vous pouvez découvrir Dakar à travers ses murs» explique Saadio. Et vous pouvez découvrir Dakar des tableaux de Saadio. Ses cafés-Touba, comme celui-ci figé au 140 avenue Ponty, ses vendeurs de crédit de téléphone, Passeurs de la communication, ilots bleutés par Saadio, au milieu du tourbillon d'une circulation.

On retrouve la symbolique de la débrouillardise légendaire des Dakarois, avec ce «mur des numéros», où s'adossent négligemment et déterminés, des jeunes chômeurs. La culture de «l'underground» dakarois y passe; une effervescence culturelle rare en Afrique de l'ouest, que l'on ressent aussi à travers cette affiche annonçant un festival de jazz à Saint-Louis.

Photographie, de Saadio.

Photographie, de Saadio.

Un microcosme urbain coloré, vivement, sur les tableaux du peintre sénégalais. Reprenant les symboles populaires qui marquent l'inconscient, Saadio les exalte, de manière tantôt neutre, tantôt nostalgique, comme sur ce tableau reprenant les studios photos connus de Dakar, fonctionnant encore avec de la pellicule Kodak. Sur l'avenue Blaise Diagne, pour ceux qui passeront à Dakar.

Ainsi, Saadio perpétue l'essence et le sens même de la culture pop'art : enlever le matériel de son contexte, isoler l'objet observé, éventuellement le combiner avec d'autres objets, pour simplement contempler. «L'oeuvre elle-même compte moins que l'attitude donnée à celle-ci» affirme Saadio.

"Regarder les tableaux de Saadio, c’est un peu comme lire des tablettes de hiéroglyphes. Magnifique, mais réservé aux initiés. Ce gardien de mystères se prête heureusement très volontiers et de façon passionnante à la lecture des formes abstraites qu’il peint. Initié par sa famille aux signes Peulh, il a utilisé à son tour des symboles pour exprimer l’évolution de sa société et la perte du sacré dans les rites traditionnels" rapporte un critique sénégalais.

Un sacré, une symbolique que l'on retrouve en la présence mystérieuse et régulière d'animaux perdus dans les méandres de l'urbain. Des anomalies mystiques. Une mystique volontairement cultivée, et qui marque aussi l'être du peintre sénégalais, qui revient d'une excursion en pays Dogons au Mali, où il s'est initié "aux mystères cosmogoniques" de ce peuple mystérieux.

Un pinceau déjà exposé à Bruxelles, aux USA, et dans la la sous-région, notamment au Mali. Andy Wharol est mort, vive l'art pop.

Au salon de coiffure, de Saadio.

Au salon de coiffure, de Saadio.

Jazz pop art, de Saadio.

Jazz pop art, de Saadio.

100% Dakar, de Saadio.

100% Dakar, de Saadio.