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Mozaikrim

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Aleg : Chez Ouarzakh, l’humilité apprise dans le méchoui (le meilleur)

Aleg : Chez Ouarzakh, l’humilité apprise dans le méchoui (le meilleur)

Ouarzakh, devant son restaurant. Crédit : MLK
Ouarzakh, devant son restaurant. Crédit : MLK

Zone incontournable du “centre” d’Aleg, aire de repos renommée sur la route de l’espoir, la place d’Ouarzakh est connue de toute la ville, et de tous les voyageurs qui ont eu à passer par cette ville. Au-delà de son méchoui au goût unique, les voyageurs s’y attardent à cause de la personnalité elle aussi unique de son fondateur et gérant, Ouarzakh.

Ouarzakh El Eyid Ould Sabar, Ouarzakh simplement pour les gens qui se pressent sur ses tapis pour se restaurer et se reposer un peu, avant de continuer la route vers Kiffa, ou vers Nouakchott. Dès les premières présentations, l’impression forte d’une dignité et d’une noblesse de cœur (la seule qui vaille), se dégage lors d’un vigoureux échange de poignée de mains.

Dans le vaste espace qui lui sert de restaurant ouvert, sa famille s’attelle aux préparatifs annexes à celui du méchoui : thé, nettoyage des salons, préparation de la viande. Ouarzakh fait travailler toute sa famille. Et dans une région où le manque de résilience des ménages est pointé du doigt par les ONG nationales et internationales y travaillant, l’exploit n’est pas mince. L’œuvre d’une vie, qui trouve des racines mêlées à la patience, l’abnégation, et surtout, comme il le dit si bien lui-même, la foi religieuse « qu’un homme qui vit dignement de sa sueur, sera récompensé, ici et ailleurs ». La récompense ici-bas il l’a eue, à ses yeux : « Il y a un an, je suis retourné pour la deuxième fois à la Mecque, avec ma mère. C’était le plus beau moment de ma vie » raconte-t-il ému, mais souriant.

Pendant sa narration, un petit groupe se forme autour de l’homme : ses proches, le petit groupe que j’accompagne, et quelques voyageurs fidèles à sa place, et curieux de connaître le parcours de ces yeux pétillants d’enfant dans un corps de « 54 ou 55 ans » révèle Ouarzakh hésitant.

Les débuts à Nouakchott

« J'ai commencé très jeune à Nouakchott comme boy pour certains patrons. A côté, je voyais des amis vendre du méchoui. Je me suis dit que je pouvais faire pareil. C’est comme ça que je me suis lancé : j’ai vite éliminé la concurrence des environs du Ksar ! » dit en riant aux éclats chaleureusement, le restaurateur. Il arrive ainsi à Aleg, convaincu par son beau-père de devenir son cuisinier dans son restaurant qu’il s’apprêtait à ouvrir dans la capitale du Brakna. La même intuition qu’à Nouakchott le taraude : pourquoi n’ouvrirait-il pas lui aussi un restaurant, devant le succès grandissant du restaurant de son beau-père, grâce à son talent unique, de faire le méchoui, lié à « un secret qu’il ne révèle qu’à ses fils » lance-t-il. Là encore, la concurrence locale est laminée. Ouarzakh devient ainsi le porte-drapeau du méchoui d’Aleg. Depuis il ne désemplit pas, à tel point que toute sa famille (au sens large traditionnel), vit de ce service. Il a acheté un terrain, qu’il prépare pour l’agrandissement de cette aire de repos incontournable d’Aleg. Le tout, « sans avoir jamais volé de ma vie, sans avoir menti, et surtout sans jamais marcher sur quelqu’un pour obtenir cela. Et si je ne devais transmettre qu’une valeur à mes sept enfants, ce serait celle-ci : ta dignité d’homme tu la gardes en évitant de marcher sur les autres. De la même façon que personne ne t’est supérieur, tu n’es supérieur à personne également » assène-t-il subitement pensif. Un long silence suit cette tirade, méditée par l’assistance qui pousse des « hmmm » d’approbation.

Une dignité, une droiture, et une référence morale, qui manquent cruellement à ce pays, « sclérosé par l’avidité et la corruption morale » dira plus tard dans la soirée, Ahmed, un chauffeur francisant de la société de transport Itihad, qui faisait partie de l’assistance attentive.

Soutenu par les transporteurs et les ONG

« Je retiens de ce grand monsieur sa dignité. C’est un mot qui perd de plus en plus son sens. Mais des gens comme lui, et grâce à Allah il en reste encore quelques-uns, font garder l’espoir que certaines valeurs propres à nos traditions, à nos cultures, à nos préceptes religieux, resteront encore… un petit peu même » espère Limam Ould Sidi, chargé des relations publiques à World Vision Mauritanie, et inconditionnel du méchoui d’Ouarzakh, comme tant d’autres cadres de l’ONG internationale. Mais ils ne sont pas les seuls. « La plupart des chauffeurs de transport, et leurs passagers s’arrêtent ici. Les ONG locales parfois qui nous louent, également s’arrêtent ici » témoigne Ahmed.

Une clientèle fidélisée certes par son mets délicat, mais aussi le soin qu’il prend à accueillir chaque individu comme un être unique, de manière fugitive éventuellement, pris à son occupation, mais tellement intensément chaleureuse !

Plus de 25 bouches de sa famille sont nourries grâce à cela. Une satisfaction pleine du devoir accompli, qu’il formule à sa manière : "Je ne voudrais pas faire un autre métier" conclut-il sobrement, avant de retourner à ses braises, droit dans ses sandales.