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Mauritanie : Le camp de réfugiés maliens de M’Berra menacé de crise alimentaire

Mauritanie : Le camp de réfugiés maliens de M’Berra menacé de crise alimentaire

Au camp de M'Berra. Crédit : MLK / Mozaikrim
Au camp de M'Berra. Crédit : MLK / Mozaikrim

Dans un communiqué rendu public le 2 juillet, Médecins Sans Frontières (MSF) s’inquiète des risques de malnutrition encourus dans le camp, suite à l’arrêt des distributions alimentaires. Une inquiétude que relaient les habitants du camp.

Les réfugiés maliens de M’Berra ne devrait pas recevoir de ration alimentaire en juillet. C’est ce que laisse savoir MSF dans son communiqué, mettant en exergue les risques d’augmentation sensible des cas de malnutrition aigüe. La chef de mission de MSF en Mauritanie, Avril Benoît rappelle aux bailleurs internationaux l’existence de ce camp, occulté par l’actualité géopolitique internationale.

« Le camp est totalement oublié des bailleurs et de la politique internationale aujourd’hui focalisés sur les crises syrienne, de l’Ebola... On a naïvement cru qu’après la signature d’accords de paix au Mali, que les réfugiés retourneraient illico chez eux mais non : il y a des conditions de sécurité à réunir avant cela » déplore Avril Benoît, chef de mission de MSF en Mauritanie. Aujourd’hui, malgré la signature d’un accord de paix par certains groupes d'opposition armés maliens, les récentes attaques et pillages de villes et de villages dans le nord du pays ont confirmé qu'il faudra encore du temps avant que les réfugiés se sentent suffisamment en sécurité pour retourner chez eux.

« Aujourd’hui il y a toujours près de 49.500 réfugiés maliens à M’Berra ; un petit nombre reste à être désactivé» précise la chef de mission. Le Programme alimentaire mondial (PAM), qui fait face à des déficits financiers, a été incapable de trouver les fonds nécessaires à la distribution générale de nourriture ce mois-ci. « Les bailleurs internationaux ont trouvé une solution d’urgence à l’arrêt de distribution générale de vivres » tient à rassurer Janne Suvanto,

représentant du PAM en Mauritanie, joint par Mozaikrim au téléphone. « 40% des besoins alimentaires seront remplis ce mois-ci. Des emprunts éventuels au niveau sous-régional sont en cours de négociations ; cela suppose l’approbation des bailleurs. Mais nous espérons d’ici la mi-juillet assurer la distribution dans le camp, de légumineuses, de riz, d’huile, de sucre et de sel » précise-t-il.

La fille de Fatimata Walet Mohamed, Abubakri, était un patient dans le centre Centre de Réhabilitation nutritionnelle en interne MSF. « Il y a des jours où nous ne trouvons rien à manger », admet la mère de trois enfants. Crédit : Avril Benoit / MSF
La fille de Fatimata Walet Mohamed, Abubakri, était un patient dans le centre Centre de Réhabilitation nutritionnelle en interne MSF. « Il y a des jours où nous ne trouvons rien à manger », admet la mère de trois enfants. Crédit : Avril Benoit / MSF

La santé dans le camp en question

Cette situation, fut-elle temporaire, vient empirer une situation déjà précarisée par la réduction des rations de riz de 12 kg à 5,4 kg par personne lors de la dernière distribution en juin. Lorsque la distribution alimentaire générale avait été annulée une première fois en mars dernier, MSF avait constaté une nette augmentation du nombre d'enfants malades dans ses programmes nutritionnels, passant de 30 admissions au cours du mois précédant l’annulation à 79 le mois suivant.

« La sauvegarde de la santé des réfugiés dépend d’un package humanitaire dont un des éléments cruciaux est une nutrition équilibrée, qui conditionne tout le reste » argue le docteur Mohamed Gbané, coordinateur médical de MSF en Mauritanie. « De ce fait, les pathologies dans le camp ont toujours été relativement stables. Il y a tout de même actuellement une baisse du niveau de la santé nutritionnelle, qui coïncide avec l’arrêt de la distribution des rations alimentaires. Le fait de tout arrêter risque justement de dégrader l’état sanitaire dans le camp. Par exemple la malnutrition ouvre la porte aux infections respiratoires, particulièrement chez les enfants » assure le médecin.

« Lorsque MSF a débuté ses activités en 2012, la malnutrition aiguë globale dans le camp était d'environ 20%. Nous avons travaillé en collaboration avec des organisations comme le PAM pour ramener ce taux à environ 9%. Ce serait tragique si nous laissions la santé des personnes les plus vulnérables revenir à des niveaux catastrophiques » conclut-il.

« Sans nourriture, toutes les actions urgentes de santé que l’on peut mener par la suite n’auront aucune efficacité : une mère de famille vendra les moustiquaires qu’on lui fournira, ainsi que les savons, tout, pour acheter de la nourriture pour ses enfants » opine à côté de lui, René Colgo, coordinateur du projet MSF à Bassiknou.

Les réfugiés comme Fatimatou Walet Omar ont essayé de cultiver des plantes dans les jardins communautaires, mais l'eau disponible ne peut pas battre la chaleur torride, les vents de sable et les insectes. Crédit : Avril Benoit / MSF
Les réfugiés comme Fatimatou Walet Omar ont essayé de cultiver des plantes dans les jardins communautaires, mais l'eau disponible ne peut pas battre la chaleur torride, les vents de sable et les insectes. Crédit : Avril Benoit / MSF

La sécheresse s’en mêle

La survie dans le désert, où les températures atteignent 50 °C et les tempêtes de sable sont fréquentes, a depuis largement dépendu de l'aide humanitaire. Bien qu’un certain nombre d’entre eux aient réussi à conserver du bétail, les sécheresses successives ont considérablement réduit les zones de pâturage à travers le Sahel. Et les réfugiés voient la continuité de leur bétail en dépendre, de manière cruciale : « Les réfugiés ont essayé de cultiver dans des jardins communautaires, mais la chaleur torride, les vents de sable et les insectes détruisent la plupart des plantations » raconte Maya Walet Mohamed, responsable du comité des femmes dans le camp.

« Le timing de l’interruption des distributions est d'autant plus cruel que les gens jeûnent au cours de la journée pendant le mois de Ramadan. Maintenant nous n’avons presque plus de nourriture pour rompre le jeûne au coucher du soleil ». Pour elle l’urgence alimentaire est réelle, et aggravée par la sécheresse qui tue par dizaines leur bétail. « La viande est notre principal apport nutritionnel. L’impact sanitaire de la sécheresse qui tue nos chèvres annonce une soudure particulièrement difficile » affirme-t-elle, jointe au téléphone.

Incontournable dans le camp, le coordinateur des leaders et notables de M’Berra, Mohamed Ag Melah, urge les bailleurs, et met chacun devant ses responsabilités : « La période de soudure est extrêmement difficile cette année. Notre bétail se meurt, et nos enfants sont de plus en plus malades. Si rien n’est fait sous peu, ce cocktail peut engendrer des conséquences désastreuses en termes de santé » prévient-il.