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Mozaikrim

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Photo-reportage : Images de la santé à l'intérieur

Photo-reportage : Images de la santé à l'intérieur

Le centre de santé à Abdel Bagroum dans le Hodh El Charghi. Les malades sont perfusés à ciel ouvert. Crédit : MLK / Mozaikrim
Le centre de santé à Abdel Bagroum dans le Hodh El Charghi. Les malades sont perfusés à ciel ouvert. Crédit : MLK / Mozaikrim

De Kankossa à Néma, dans les Hodhs, et l’Assaba, le taux de malnutrition infantile est à un niveau critique durant cette soudure de 2015, comme le constate le rapport SMART de juin 2015. Cette situation alimentaire s’ajoute à un contexte sanitaire morbide, dans lequel les maladies hydriques s’additionnent aux difficultés liées à la pauvreté et au climat. Reportage et photographies.

Si la Dengue sévit à Nouakchott dans une ampleur épidémique (plus de 5.000 cas présentés dans les structures de santé de la capitale), sans que les autorités ne cherchent même à donner l'illusion de faire quelque chose, à l'intérieur de la Mauritanie, c'est la catastrophe sanitaire tous les jours de l'année. Au poste de santé de Kankossa-2, les prises en charge des malades et de leurs accompagnants se font souvent à ciel ouvert. Des perfusions littéralement en plein soleil. L’infirmier chef de poste (ICP), Ousmane Dieng justifie ce tableau alarmant : « Il y a une tendance haussière cette année, de la malnutrition infantile ; la soudure particulièrement difficile aggrave la situation, qui nous rend tous inquiets de la situation nutritionnelle des enfants de la zone, et au-delà des malades de Kankossa. Nous sommes débordés. D’autant plus que nous n’avons même pas d’eau dans le poste ! » explique l’infirmier, en montrant le bras tendu, les quatre salles du poste, dont deux seulement ont une table ; pour mieux montrer le déficit cruel de matériel et d’équipement auquel fait face le poste. « Nous manquons également de vitamines, d’antipaludiques, d’antibiotiques pour les enfants malnutris, plus exposés à des maladies » continue l'infirmier.

Une clinique mobile dans le Guidimakha, qui essaie de pallier le manque de structures sanitaires dans les localités enclavées. Crédit : MLK / Mozaikrim
Une clinique mobile dans le Guidimakha, qui essaie de pallier le manque de structures sanitaires dans les localités enclavées. Crédit : MLK / Mozaikrim

Un peu plus au-dessus de la pyramide sanitaire, le centre de santé de Kankossa fait face aux mêmes difficultés, parfois plus importantes. Son médecin-chef, Ibrahim Diallo, insiste sur l’importance des circuits mobiles mis en place par l'UNICEF. « Ils ont vraiment un impact positif sur la prise en charge de la malnutrition, car cette activité permet de trouver les enfants et de les traiter à domicile. La contrainte majeure du suivi des enfants malnutris sévères est liée aux moyens de transport très limités » dit-il.

Le point focal de la nutrition, Mohamed Lemine, opine aux propos du médecin à côté, et revient sur le précédent projet d’urgence financé par l’UNICEF. « Ce projet a permis de rehausser le taux de guéris, de réduire le taux d’abandon, de faciliter le transport et le dispatching des intrants nutritionnels, et de faciliter la récupération des absents et des abandons par des visites à domiciles » énumère-t-il.

Ibrahim Diallo pointe aussi du doigt le manque d’infrastructures, avec « des locaux inadaptés, qui ne permettent pas de gérer séparément les malnutritions aigues et celles sévères ; quatre lits seulement, un personnel qui n’est plus motivé, et un problème de plus en plus persistant d’électricité ». « Nous avons dû gérer trois risques majeurs d’incendie rien que cette année » ajoute-t-il.

Le CRENI du CHN à Nouakchott, réhabilité depuis un an par l'UNICEF et ACF-E. Crédit : MLK / Mozaikrim
Le CRENI du CHN à Nouakchott, réhabilité depuis un an par l'UNICEF et ACF-E. Crédit : MLK / Mozaikrim

Au Hodh El Charghi, la situation sanitaire dans les communes de Boughadoum et Abdel Bagrou est préoccupante au point où les postes et centres de santé tirent la même sonnette d'alarme. A Mebdoua-1, la prévalence de la malnutrition persiste, avec 36 cas de MAS enregistré pour le seul mois d'août, sur les enfants de 6 à 59 mois. 12 femmes enceintes présentent des carences sévères en micronutriments.

Le poste est en rupture en plumpy nut depuis le mois de juillet qui a mis en arrêt les activités de prises en charge au niveau du poste. Bounana Ould Mohamed, l'infirmier-chef du poste insiste sur le manque d'activités régulières de dépistage et de dé référencement. «Les 36 cas enregistrés résultent de dépistages passifs, systématiques dans le poste» dit-il.

Le poste de santé de Kankossa. Crédit : MLK / Mozaikrim
Le poste de santé de Kankossa. Crédit : MLK / Mozaikrim

A Amourj, l'ICP Touré rappelle la situation en juin, où « même les adultes étaient malnutris, avec beaucoup de scorbutes ». « La situation est probablement encore plus inquiétante, car les structures de santé n'ont pas les moyens d'un dépistage actif. Depuis début juillet, nous avons 66 MAS suivis au niveau du poste » explique l'infirmier major.

« Mais comme nous sommes régulièrement en manque de Plumpy Nut, leur prise en charge est délicate » continue-t-il. Là encore, le défaut de matériel est une carence handicapant les services sanitaires prodigués. « Nous avons un seul véhicule, une ambulance, qui sert à tout : le transport des malades, les chargements, le ravitaillement. Il y a un besoin urgent et récurrent de médicaments. Notre personnel doit être mieux formé... Difficile de faire des progrès avec autant de lacunes matérielles, malgré un personnel motivé » assure le major.

Journée de dépistage au poste de santé à Dafort dans le Guidimakha. Crédit : MLK / Mozaikrim
Journée de dépistage au poste de santé à Dafort dans le Guidimakha. Crédit : MLK / Mozaikrim

Dans le « triangle de la mort » ainsi appelé par le personnel de santé, entre Saba, Chreïrikat et Zraviyat dans le Hodh El Charghi, des décès sont liés à la malnutrition. Ce sont encore à présent des zones à risques. « Le CRENI d'Amourj contient essentiellement des enfants de cette zone noire » affirme l'infirmier major. Aujourd'hui le paludisme et les diarrhées inondent le poste. « Nous avons eu plus de 1100 cas de paludisme, et 700 diarrhées, au mois de septembre. 400 ont été hospitalisés. Imaginez que ces chiffres sont pour le seul poste d'Amourj, qui est trois fois moins visités que le centre d'Abdel Bagroum par exemple. Cela vous donne une idée de la crise sanitaire dans le Hodh El Charghi » explique longuement Touré.

Photo-reportage : Images de la santé à l'intérieur

A Mebdoua-2, situé à 3 kms de Mebdoua-1,la situation est la même où les maladies les plus fréquentes sont le paludisme, la diarrhée, les toux et bronchites. Le poste est composé de deux pièces en béton. « Le bâtiment en banco qui abritait les activités de prise en charge s’est écroulé lors de la dernière pluie survenue dans la localité, détruisant à la fois le matériel et les documents de la prise en charge » affirme Abdoul Dia, l'ICP de Mebdoua-2. Comme dans tous les autres postes, il y a une rupture en plumpy nut. Les activités de dépistages actifs sont absentes dans la zone depuis 2012.

A Abdel Bagroum, la maternité souffre d’un manque important de matériels essentiels pour son bon fonctionnement. Le médecin-chef du centre, Tawol Amrou Ould Bechir, plaide pour «un appui en matériel et à la sensibilisation des populations». Le centre mène des activités de prise en charge de la malnutrition, qui est d’une forte prévalence dans la zone.