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Mozaikrim

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« Libre ou esclave » : Saleh Lô, ou la peinture des marginaux de Mauritanie

« Libre ou esclave » : Saleh Lô, ou la peinture des marginaux de Mauritanie

Saleh Lô dans son atelier. Crédit : Mozaikrim/MLK
Saleh Lô dans son atelier. Crédit : Mozaikrim/MLK

Après les talibés en 2013, et les métis en 2014, l'artiste-portraitiste Saleh Lô expose à partir du mardi 22 mars, avec un vernissage à 19h à l'institut français de Mauritanie, le dernier élément de son sur les marginaux de la société mauritanienne : "Libre ou esclave"; un regard empreint d'une profonde humanité sur d'anciens esclaves haratines, peuls et soninkés.

Le trait est plus sûr depuis son dernier travail sur le métissage il y a un an et demi déjà. Des portraits saisissants de réalisme d’anciens esclaves, issus des communautés peuls, soninkés et maures, rencontrés au travers de SOS-esclaves, ou par des connaissances connexes. Un travail minutieux non seulement dans le dessin et la peinture, mais surtout dans une recherche quasiment journalistique des sujets et de leurs témoignages.

« Je ne veux pas faire de simples portraits artistiques, figuratifs : j’aspire à faire entendre par mes toiles, les témoignages des marginaux de notre société mauritanienne. Et rencontrer mes modèles, leur parler, les interroger sur leurs conditions, me permet de choisir l’angle le meilleur pour rendre compte dignement et puissamment de leurs combats » développe le jeune peintre. Une puissance, une dignité, une souffrance parfois, qui se retrouvent dans les reflets, les détails accumulés dans les regards de ses modèles… Une lecture de vies, qui se fait d’une connexion de regard. Les yeux miroirs de l’âme…

Habi, ue ancienne esclave libérée par SOS-Esclaves.
Habi, ue ancienne esclave libérée par SOS-Esclaves.

L’engagement social dans l’art Saleh Lô artiste définitivement engagé. Depuis son premier travail sur les marginaux sociaux que sont les talibés, jusqu’à celui sur les esclaves, et précédemment les métis, l’artiste n’a de cesse d’être le porte-pinceau des sans-visages d’une société mauritanienne figée sur une crise sociale et identitaire qui ne finit pas. « J'ai passé du temps avec des esclaves libérés et des descendantes d’esclaves, dans toutes les communautés du pays. Ces portraits, c'est une façon pour moi de mettre en valeur ces personnes oubliées par la société, et leur lutte pour la reconnaissance. Ces portraits leur redonnent une dignité, une valeur en les sortant de l'anonymat. Nous devons parler et montrer leurs conditions humaines, pour les en sortir progressivement » affirme avec passion Saleh Lô.

Une posture qui n’est pas dans la confrontation à ses yeux. « Je ne peins contre personne ; je suis pour une paix juste, une paix et une fraternité sociale dans le respect de la dignité de tous les hommes et femmes qui composent ce pays. Une société où des pans entiers de sa population sont marginalisés, est une société malade à mon sens. Et l’image, je crois, peut être une formidable catharsis de nos démons intérieurs » argue-t-il.

Manifestation de partisans de l'IRA.

Manifestation de partisans de l'IRA.

Bilal, le frère de Habi.

Bilal, le frère de Habi.