Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Mozaikrim

Mozaikrim

Menu
Binta Issa Diop, championne de Viet Vo Dao : « Ignorés chez eux, les artistes martiaux mauritaniens sont pourtant ceux qui portent le plus haut l’étendard du pays »

Binta Issa Diop, championne de Viet Vo Dao : « Ignorés chez eux, les artistes martiaux mauritaniens sont pourtant ceux qui portent le plus haut l’étendard du pays »

Binta Issa Diop, durant une de ses sessions d'entraînement au stade olympique de Nouakchott. Crédit : MLK/Mozaikrim
Binta Issa Diop, durant une de ses sessions d'entraînement au stade olympique de Nouakchott. Crédit : MLK/Mozaikrim

A moins de deux semaines des championnats américains de Vovinam Viet vo dao, à San José en Californie, où la Mauritanie est invitée, l’une de ses représentantes, Binta Issa Diop, se prépare à cette grande rencontre internationale, avec une hargne et une volonté rarement vues. Rencontre durant une de ses séances d’entraînement.

Rendez-vous est pris avec Binta Diop à la porte 5 du stade olympique de Nouakchott, après la rupture du jeûne. Une silhouette en sportwear, encapuchonnée, à la démarche dynamique et souple, arrive les mains dans les poches. Les traits doux et déterminés de la jeune femme de 25 ans, illuminent un visage marqué d’une féroce volonté. « Binta c’est d’abord de la rigueur et de la volonté quotidiennes, autant dans son travail chez nous, que dans sa passion martiale. C’est pour cela que j’ai voulu l’aider dans sa pratique du Viêt vo dao ; c’est un art martial noble, et rare en Mauritanie, mais il a le mérite d’exister. De ce point de vue, c’est un challenge pour elle et les quelques pratiquants de Viet Vo Dao que compte le pays » assure Cheikh Salah Ould Sidi Brahim, PDG de la mauritanienne de construction et de travaux publics (MCTP) où travaille Binta, et mécène discret de la discipline.

Ce soir, Binta s’entraîne avec son maître et mentor, Yade Younouss, vice-président de la fédération africaine de Viêt vo dao, mandaté par la fédération internationale de Viet vo dao pour la Mauritanie depuis 2010, et qui entraîne aussi l’autre champion mauritanien de Viêt vo dao, Konaté Abou. « Binta a débuté il y a un an et demi à peine. Mais ses progrès fulgurants sont dus à son parcours atypique dans les arts martiaux : elle a d’abord pratiqué 7 ans de karaté, puis 2 ans de taekwondo. En ce sens c’était plus facile pour elle de s’intégrer au Viêt vo dao, car elle avait déjà intégré des techniques majeurs d’autres arts martiaux dont le Viêt vo dao s’est inspiré » explique Maître Younouss. Bientôt 2ème cape, avant la 3ème qui permet d’accéder à la ceinture noire, Binta décroche en août 2015 à Alger la médaille de Bronze, dans les 4èmes championnats du monde de Vovinam Viêt vo dao, dans la catégorie des 60-65 kilos.

Elle se prépare actuellement pour les championnats américains qui se tiendront à San José en Californie, du 1er au 4 aout, et où la Mauritanie a été invitée. « Les préparatifs sportifs se passent bien avec mon Senseï. Comme toujours dans le domaine des sports, et particulièrement des arts martiaux mauritaniens, le problème est lié à chaque fois à un appui logistique. Notre ministère de tutelle ne prend pas en charge nos billets, nous devons nous débrouiller. Même pour les derniers championnats du monde à Alger, sans le mécénat de monsieur Ould Sidi Brahim, certains de l’équipe n’auraient pas pu se déplacer. C’est incompréhensible de la part d’un ministère des sports dont on se demande à quoi il sert réellement, d’autant plus que les arts martiaux mauritaniens sont les sports qui portent le plus haut l’étendard mauritanien à l’extérieur. C’est vrai pour le Viêt vo dao, mais également la boxe thaï, le karaté » argue longuement la jeune voshin, une pointe de dépit dans le ton.

Après un bac C en poche en 2008, et un DEUG de mathématiques appliquées à Gaston Berger à Saint-Louis, elle s’envole pour la France où elle décroche une licence de Maths à Paris. « Je suis rentrée en 2014, et ai commencé à travailler à la MCTP, où j’ai la chance d’avoir un DG compréhensif et flexible dans les périodes où je dois parfaire ma technique, dans des formations liées au Viet vo dao, comme lorsque j’ai dû m’absenter quelques temps à Abidjan en janvier dernier, pour m’entraîner avec un maitre français » affirme Binta Diop.

Admirative à côté, Aïcha Gueye, nouvelle voshin mauritanienne, regarde Binta préparer ses couteaux d’entraînement pour la session de ce soir avec Maître Younouss axée sur le maniement du couteau dans le viet vo dao. « Elle est exceptionnelle dans sa capacité d’assimiler rapidement les nouvelles techniques de combat qu’on lui apprend » dit-elle sommairement, en l’aidant à préparer son matériel, avant de continuer pensive : « il faut comprendre que le Viêt vo dao est l’art martial parfait pour une femme désireuse de se protéger elle-même. J’invite souvent les jeunes filles de mon quartier à s’y mettre, dans un contexte d’insécurité dans nos quartiers. C’est un art martial développé à la base pour tuer le plus rapidement possible ; c’est pour cela qu’au-delà des techniques martiales liées aux poings et pieds, le Viêt vo dao utilise les armes blanches et à feu dans son apprentissage » décrit Aicha Gueye. « Les techniques de ciseaux le rendent particulièrement dangereux, et spécifique par rapport aux autres arts martiaux : il s’agit de brusquement exploser par les jambes, pour infliger le maximum de dégâts à l’adversaire, aux points vitaux notamment » complète Binta en s’échauffant couteaux aux poings.

Des championnats américains qui devraient parfaire sa découverte formatrice, selon son mentor sénégalais. "Binta est toujours en quête de perfection dans sa façon d'appréhender le monde de la compétition. D'ici une année ou deux elle devrait compter parmi les toutes meilleures mondiales" assure Yade Younouss, prémonitoire.