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Mozaikrim

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Doing Business 2017 : Trop d'impôts en Mauritanie, la justice partiale

Doing Business 2017 : Trop d'impôts en Mauritanie, la justice partiale

La Banque mondiale a organisé une conférence de presse ce mardi 25 octobre dans leurs locaux de Nouakchott, pour présenter les grandes lignes de leur rapport annuel sur les climats d'affaires dans les pays : Doing Business, cuvée 2017. La Mauritanie traîne dans les 30 derniers rangs à la 160ème place, avec de nouvelles réformes (sur papier) à la clé. L'occasion aussi d'observer la connivence ou la collusion entre les institutions internationales et l'état mauritanien. Et le problème de fond du climat d'affaires en Mauritanie effleuré par le rapport : le système juridique partial.

Le ministre mauritanien de l'économie et des finances Moctar Djay. Crédit : Mozaikrim/MLK

Le ministre mauritanien de l'économie et des finances Moctar Djay. Crédit : Mozaikrim/MLK

Deux officiers de l'armée (on se demande ce qu'ils font là), le ministre de l'économie et des finances, une ribambelle de cadres de l'administration mauritanienne, la présidente de la CUN, la société civile, la presse, et un représentant de la Banque mondiale (BM) souriant, répétant à l'envie que "la Mauritanie a gagné 5 places" avant le début de la visioconférence qui réunit les bureaux de la BM à Yaoundé, Niamey, Nouakchott et Washington.

 

"Avec 4 réformes passées au cours de l'année écoulée, la Mauritanie se classe au 160ème rang global du Doing Business. La mise en ligne du registre de crédit permet un meilleur accès aux informations sur la solvabilité de l'emprunteur, et en migrant vers la plateforme ASYCUDA World, la Mauritanie a amélioré la performance sur l'indicateur "commerce transfrontalier"" dit le représentant de la BM en Mauritanie, Gaston Sorgho.

Une montesur l'échelle de la concurrence internationale pour attirer les investisseurs, qui cette année se fait sous le signe de la "vitalisaion du secteur privé", dixit le chef du cabinet du ministre de l'économie et des finances. "Le partenariat public/privé est un passage obligé pour améliorer le climat des affaires en Mauritanie; auparavant il doit y avoir un environnement favorable que l'état doit préparer" dit fermement le représentant-résident. Un sous-entendu à peine voilé sur l'état actuel du climat mauritanien : des réformes (donc des textes) bonnes, mais pas d'application, comme en toutes choses en cette contrée.  

Les points forts et faibles des réformes effectuées en Mauritanie en 2016. Source : Banque Mondiale

Les points forts et faibles des réformes effectuées en Mauritanie en 2016. Source : Banque Mondiale

"Les textes mauritaniens sont bons, mais sans application, notamment quand il y a litiges, c'est comme si il n'y avait rien. D'où l'importance des deux centres d'arbitrage commercial à Nouadhibou et Nouakchott" explique un autre intervenant. Deux centres d'arbitrage qui ne font pas l'unanimité au sein des cadres présentes du ministère, et qui démontrent une exigence des institutions financières internationales à l'égard de la Mauritanie.

 

  • "Mais, et si j'ai envie de régler ça au tribunal ?! Pour aller plus vite" rétorque un cadre du ministère de l'économie et des finances

  • "Les tribunaux judciaires ne sont pas indépendants et favorisent toujours ceux du système politique. Même les étrangers le savent aujourd'hui" murmure un des journalistes présents. Regards courroucés de tous les membres du ministère.

 

Le secteur privé est le moteur de la croissance économique en Afrique, pourvoyant à près de 90% les emplois existant. Ainsi, il est crucial d'offrir un environnement propice à l'éclosion et l'expansion des entreprises locales ou étrangères. "Le président Mohamed Ould Abdel Aziz va impulser un changement positif dans le secteur privé mauritanien" promet le ministre mauritanien de l'économie et des finances, remerciant dans la foulée la Banque Mondiale de travailler aux réformes économiques en Mauritanie (sic!).

 

Une promesse qui aura du mal à convaincre les investisseurs étrangers dans un contexte où la Mauritanie commence à empiler les contentieux internationaux, pour rupture abusive de contrat (Pizzorno) ou impayés accumulés (société portugaise en charge de la réfection de l'axe routier Nouakchott-Rosso), dans le sillage de fermetures de sociétés locales étouffées par des impôts abusifs. Le patronnat mauritanien lui-même d'ailleurs exhortait l'état il y a quelques mois à peine à moins "étouffer les entrepreneurs"!