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Mozaikrim

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Des femmes ambitieuses, des vraies : 7 voies offertes, en 7 voix mauritaniennes

Des femmes ambitieuses, des vraies : 7 voies offertes, en 7 voix mauritaniennes

Crédit : Mozaikrim/MLK/ Mamadou Gomis

Crédit : Mozaikrim/MLK/ Mamadou Gomis

La Mauritanie recèle de femmes, souvent anonymes, qui au-delà de leurs parcours différents, ont en commun une intégrité dans leurs engagements professionnel, associatif ou social, pour déplacer les plaques sclérosées posées sur la société mauritanienne, avec souvent une force de conviction, une volonté, un naturel et une perspective qui forcent le respect. Rencontres avec sept d'entre elles.

Lalya Kamara, directrice d'AFIG FUNDS. Crédit : Mozaikrim/MLK

Lalya Kamara, directrice d'AFIG FUNDS. Crédit : Mozaikrim/MLK

Lalya Kamara, Directrice au sein de la société de gestion de fonds d’investissements AFIG Funds

 

Aujourd'hui un des leaders africains du «Private equity», AFIG Funds, a pour ambition de développer un tissu entreprenariat africain de qualité. AFIG Funds a levé en 2008 son premier fonds de 122 millions de dollars, l’Atlantic Coast Regional Fund. Ce fonds a été entièrement investi, dont 8 millions de dollars en Mauritanie dans le secteur minier.  Un deuxième fonds est en cours de levée avec l’objectif d’atteindre la taille de 250 millions de dollars, 117 millions ont d’ores et déjà été sécurisés en mai 2016 pour investir dans une zone qui couvre 32 pays sur le continent.

 

La mauritanienne Lalya Kamara est l'une des actrices de ce succès. «Le Capital-Investissement est un catalyseur du secteur privé en Afrique. Plutôt que d’investir dans les filiales africaines de groupes étrangers, AFIG Funds a fait le choix d’investir dans des sociétés locales, créées par des Africains et ayant un fort potentiel de croissance, notamment régionale. Persuadé que les opportunités en Afrique se trouvent dans de nombreux secteurs, le fonds est généraliste et investit dans tous les secteurs d’activités» explique la maman de 3 filles.

 

Ex-membre du staff du cabinet d’audit et de conseils, Arthur Andersen, et de la direction financière de l’ASECNA, Lalya Kamara intègre le fonds d'investissement africain AFIG FUNDS en 2007, en tant qu’Investment Officer. Elle y gravit les échelons jusqu'à son poste actuel de Directrice basée à Dakar où se trouve le siège de cette société enregistrée à l’Ile Maurice. «Au sein d’une équipe d’une vingtaine de professionnels, j’identifie des opportunités d’investissement, je mène les processus d’investissement et je suis la gestion de notre  portefeuille des sociétés dans lesquelles nous avons investies, entreprises rentables et en croissance» affirme Lalya Kamara.

 

Diplômée de l'EDHEC, une des plus prestigieuses Grandes Ecoles de Commerce en France, la Directrice d'AFIG Funds prospecte également en Mauritanie, carrefour naturel entre le Maghreb et l'Afrique subsaharienne. « Cette situation géographique privilégiée fait de notre pays une zone de passage importante, et quasiment incontournable pour le commerce dans la sous-région. En plus de cela, les matières premières liées aux mines, à l'halieutique, et le potentiel agro-industriel de notre pays offrent des atouts qui doivent absolument être mis en valeur. Le potentiel est là, aux mauritaniens que nous sommes de le concrétiser afin d’attirer d’avantages d’investisseurs » développe Lalya Kamara.

Saviya Mint Ahmed. Crédit : Mozaikrim/MLK

Saviya Mint Ahmed. Crédit : Mozaikrim/MLK

Saviya Mint Ahmed, 24 ans

 

Dans un bidonville de Toujounine à Nouakchott, une vingtaine de femmes sont réunies, certaines sont venues avec leurs enfants allaitant encore, pour assister à la séance de sensibilisation de l'une des 5 cellules de femmes formées dans la commune, chapeautées par Action contre la Faim et l'ONG locale ASDEP. Le thème du jour porte sur l'alimentation complémentaire. «Chaque cellule sensibilise dans son quartier spécifique, nous permettant ainsi de toucher une audience maximale de femmes enceintes ou allaitantes» explique Saviya Mint Ahmed.

 

Elle fait partie de ces rares jeunes femmes de Toujounine ou même Dar Naïm, qui sont allées jusqu'au brevet des collèges, mais dont la pauvreté endémique est un plafond de verre : «Je m'engage volontairement dans la sensibilisation sur la démonstration hygiénique et l'alimentation complémentaire à Toujounine; c'est important pour les habitants du quartier, pour leur santé. J'aurais aimé aller jusqu'au bac, mais nous avons des besoins primaires ici que nous arrivons à peine à combler» témoigne la jeune femme engagée.

 

Les réactions des femmes présentes à la séance, vont dans le même sens. «Je suis le relais-communautaire du quartier depuis 2012. La pauvreté s'est accentuée ces 5 dernières années à Toujounine; elle freine les perspectives d'avenir pour beaucoup de femmes ici, volontaires et parfois même scolarisées».

Fatimetou Sidi Eyay, présidente du centre El Emel pour enfants avec handicaps. Crédit : Mozaikrim/MLK

Fatimetou Sidi Eyay, présidente du centre El Emel pour enfants avec handicaps. Crédit : Mozaikrim/MLK

Fatimetou Sidi Eyay, présidente du centre El Emel

 

Présidente du centre El Emel «pour les enfants ayant des besoins spécifiques», comprenez pour des enfants atteints de handicaps mentaux ou physiques, Fatimetou Sidi Eyay a pris conscience de ce problème quand son dernier fils a été diagnostiqué autiste. «Elle ne comprenait pas le comportement de son enfant, qu'elle a en vain voulu traiter en Mauritanie, n'ayant jamais pu avoir un diagnostic adéquat. Les «spécialistes» ne voyaient aucun problème. C'est au Maroc qu'un ortophoniste constate l'autisme de son fils de 3 ans alors. Après 2 ans de vie au Maroc, on l'oriente à Tunis vers un centre spécialisé, plus à même de prendre en charge l'éducation spécifique de son fils. C'était d'ailleurs le premier mauritanien à y être inscrit» raconte Lehbib Mohamed Abdallah, directeur du centre aujourd'hui fermé par manque de fonds, depuis quelques mois, après deux ans d'existence.

 

L'école, située près de la boutique couscous de Nouakchott a été créée à son retour de Tunis, après 5 ans là-bas avec son enfant. «Aujourd'hui mon fils a intégré le programme scolaire normal; les tunisiens ont fait un travail extraordinaire et j'ai eu une telle reconnaissance à leur égard, que j'ai eu une pensée pour les parents en Mauritanie dans la même situation que notre famille, et qui n'ont pas les moyens d'aller entre le Maroc et la Tunisie, y vivre pour les soins de leurs enfants atteints de ce genre de handicap. C'est un enjeu social, c'est une question d'utilité publique» clame avec force Fatimetou, les traits tirés mais tendres.

 

Commerçante à succès, elle met alors ses moyens au service de la création d'un centre, qui dès que l'idée a germé, devait offrir les mêmes services que ceux que son fils a reçu à Tunis. Elle loue un local, qu'elle aménage aux normes internationales pour la sécurité et le bien-être des enfants qu'il reçevra, elle fait venir les spécialistes du centre El Walid de Tunis où son fils a été traité. Billets, salaires, logements, perdiems sont pris en charge par la maman qui se jette entièrement dans cette «mission». Une neuro-pédiatre vient deux fois par an consulter et suivre l'évolution des enfants.

 

Fin 2014, le centre ouvre ses portes, avec un test pour repérer et diagnostiquer le degré d'autisme de l'enfant entièrement gratuit, qui est ensuite pris en charge dans une classe en fonction de son âge. L'afflux massif des cas (plus de 150 enfants sur liste d'attente!) ne permet pas de tous les prendre, d'autant que le paiement mensuel de 60.000 ouguiyas par mois, ne couvre pas tous les besoins du centre.

 

«Je dépensais en moyenne 5 millions d'ouguiyas par mois pour l'école, et les côtisations parentales couvraient à peine le 1/3 de ces besoins; mais le centre ne visait pas à faire de bénéfices, juste à s'auto-suffire pour que l'expérience perdure. L'enfant avait des cours d'éveil, du sport, une prise en charge individuelle, de la kinésithérapie, même de l'hippothérapie, aujourd'hui scientifiquement validée pour l'éducation spécialisée des enfants autistes. Certains parents payaient moins, ou pas du tout même : 15% des places étaient réservées pour les enfants dont les parents étaient démunies» expose longuement la dame. Elle a tenu 2 ans, en espérant que son centre serait perçu d'utilité publique et percevraient des aides en conséquence. En vain, pour le plus grand malheur des parents et des enfants.

Couro Bouna Kane, assistante sociale principale de l'hôpital Dia. Crédit : Mozaikrim/MLK

Couro Bouna Kane, assistante sociale principale de l'hôpital Dia. Crédit : Mozaikrim/MLK

Couro Bouna Kane, cheffe de service - assistante sociale au centre hospitalier des spécialités

 

La démarche assurée, discrète. Le regard de ceux qui ont vu le côté obscur de l'âme humaine, et qui en ont tiré de la lumière pour elle-même et les autres. Couro Kane est de ces êtres (particulièrement rares dans ce pays) qui n'attendent vraiment rien en retour de leurs actions. Le bien pour le bien, « pour la grâce d'Allah » souffle-t-elle dans un murmure. Après une grande part de sa vie passée entre la Belgique et la France à suivre feu son père Bouna Kane, consul mauritanien, elle rentre se spécialiser en assistanat social à l'école nationale de santé publique à Nouakchott.

 

«Couro Bouna Kane au fait pour mon nom complet. Je n'aime pas entendre mon nom sans qu'y soit intégré le prénom de mon père. Il s'est battu toute sa vie pour les plus démunis. C'est mon premier exemple d'être humain : nous sommes là pour nous entraider. Lui a pratiqué cela au degré le plus désintéressé possible. Je ne peux pas le décevoir sur ce point» dit-elle simplement.

 

Assistante sociale au CHS depuis près de 20 ans, elle a vu l'augmentation des cas de détresse sociale et psychologique extrême. «Les conditions de vie sont de plus en plus précaires à Nouakchott. Pour ceux qui arrivent ici, c'est un véritable refuge, surtout pour les malades indigents errants. En général ils sont emmenés ici par la protection civile dans un état pitoyable (souvent violées quand elles sont femmes, malades, avec des plaies, l'état mental dégradé...). Ils sont alors pris en charge par l'équipe qui les nourrit, les soigne et les loge, jusqu'à ce qu'ils aillent mieux. C'est là que j'essaie de faire parler la personne, souvent en état de choc, pour trouver ses origines, sa famille, son lieu d'habitation etc..» raconte Couro Bouna Kane.

 

La prise en charge, et l'humanité de l'équipe traitante est tellement notoire que toute personne en situation matérielle précaire vient instinctivement là-bas pour être pris en charge quelques jours. «Ce n'est pas particulièrement dans nos prérogatives, mais l'hôpital Dia a toujours été un havre pour les indigents, et elle ne le dira pas mais Couro fait partie des piliers qui ont rendu cela possible!» souligne à côté d'elle un collègue, qui insiste sur les «pieds» et la «bouche» des patients que représente l'assistante sociale.

 

Un sacerdoce. «Il n'y a rien de plus agréable que le sentiment d'avoir servi à quelque chose, d'avoir participé à apaiser des souffrances. Mon rêve dans la vie n'est pas d'avoir une belle voiture, ou une belle maison, mais de servir à la communauté, d'améliorer les conditions des plus démunis d'entre nous, que ce soit moralement, matériellement ou psychologiquement» assène-t-elle avec une brsuque et inouïe force de conviction. Une force qui trouve un fondement dans ces cas qui ont été abandonnés par leurs familles, et pour qui l'hôpital devient la demeure principale, jusqu'à y décéder. «Ceux-là sont de ma famille. Il ne peut pas en être autrement. Quand tu vois la détresse humaine au quotidien, tu dois apprendre à regarder ce désespoir comme le tien, dans l'humilité la plus totale possible» soupire-t-elle. «Il y a de la honte à être heureux tout seul» dit un des personnages de la peste d'Albert Camus, qu'elle cite volontiers.

 

Les sourires se dessinent sur son passage et toujours un petit mot moqueur pour cette dame généreuse, qui se bat pour les indigents de l'hôpital. «Les IRM des patients lui ont toujours été accordés gracieusement par le CHN. C'est son combat qui a permis cela. Nous l'avons vu des dizaines et des dizaines de fois faire le tour des circuits de validation pour obtenir telle facilitation ou telle dérogation pour un malade» témoigne Fatimata Cissé, infirmière à l'hôpital Dia, et bénévole dans différentes structures sociales, comme le foyer de l'enfance à Dar Naïm.

 

«Tu dois t'en occuper comme de tes propres parents, sinon tu ne fais rien. Quand tu fais preuve d'un tel don de toi, les malades le perçoivent et se confient plus facilement ensuite. Jusqu'au dernier souffle de ma vie, je veux exister avec ce sentiment permanent d'être utile et de participer à faire un vrai bien» dit la mère de deux enfants, originaire de Mbagne.

Hélène Aminata Charpentier. Crédit : Mamadou Gomis

Hélène Aminata Charpentier. Crédit : Mamadou Gomis

Hélène-Aminata Charpentier, consultante à la BAD

 

De nationalité mauritano-finlandaise, consultante à la Banque Africaine de Développement depuis un an, pour le département «Genre, Femmes et Société civile», Hélène-Aminata Charpentier travaille sur l'inclusion sociale et le développement de l'économie par la société civile et le genre sur le continent. «Il s'agit d'implémenter des financements pour les femmes. Il y a donc beaucoup de plaidoyers en amont de l'opérationnel, d'autant plus que les sociétés civiles participent au design du projet. Par exemple, si un pont est construit, l'idée est de veiller à ce que son circuit économique intègre des modules pour les femmes» précise-t-elle. Elle a auparavant travaillé quelques mois au PAM à Nouakchott, et dans les services publics mauritaniens, après une expérience dans le privé anglais, particulièrement dans les télécoms, au sortir de son Master en stratégie Marketing à l'Imperial College of London.

 

Une vocation germante depuis son adolescence pour cette panafricaniste convaincue. «J'ai toujours voulu travailler dans le développement du continent, y poser ne serait-ce que mon tout petit grain de sable» dit-elle simplement. Un embryon de rêve qui a mûri tout au long de ses pérégrinations sur le continent où elle et sa famille ont suivi son père, et y découvre un continent de jeunes et de femmes, ouvert sur mille et une perspectives. « J'ai appris à me laisser emporter par le temps, à découvrir et vivre au jour le jour. Les femmes africaines doivent se soutenir, créer une force sociale pérenne. Dans un pays comme la Mauritanie, l'idéal serait de voir les femmes avoir l'opportunité d'occuper des positions de leaders majeurs de la société » argue Hélène-Aminata.

 

Une exhortation qu'Aminata oriente également vers les gouvernements africains : «Là où les gouvernements africains, particulièrement ouest-africains et maghrébins, pourraient faire plus, c'est d'élargir l'espace politique des organisations de la société civile, qui jouent un rôle plus important, promouvoir l'unité et la bonne gouvernance de nos espaces. Dans cette perspective, des institutions solides sont aussi importantes que de bons leaders objectifs» explique la consultante.

 

Des leaders-modèles dont les exemples émanent à ses yeux de femmes telles que l'activiste noire américaine Rosa Parks, pionnière dans la lutte pour les droits civiques des noirs aux USA, l'écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, l'auteure de «Americanah», et sa mère, Fatima Dia, de la famille de Thierno Daha, toutes ayant en commun d'être des femmes intègres.

Amel Daddah, sociologue. Crédit : Mozaikrim/MLK

Amel Daddah, sociologue. Crédit : Mozaikrim/MLK

Amel Daddah, docteure en sociologie

 

Quand on parle d'honnêteté intellectuelle dans une conversation, je pense souvent à Amel Daddah, qui en est à mes yeux une certaine incarnation dans ce pays en particulier. «Une ermite à cowboyland» comme elle se définit avec humour. «Cowboyland» c'est cette société de chaos égocentrique dans laquelle on vit. «Cette hypothèse est à creuser : la circulation semble pensée pour maintenir le citoyen dans un état permanent de chaos, pour le rendre encore plus malléable par l'état en place» dit-elle.

 

Un parler franc, une analyse critique de la société mauritanienne, peu communs, qui pointaient déjà depuis sa thèse de doctorat sur le thème «Islam, ethnies et pouvoir en Afrique sahélienne (Mauritanie, Sénégal, Tchad, Soudan)», à l'université de l'Arizona, à Tucson, et un mémoire de maîtrise sur le thème «Information d'Etat et démocratisation en Mauritanie» à l'université Paris 5 René Descartes.

 

Un regard distancié et neutre qui l'accompagne dans ses analyses des traits et tares de la jeune nation mauritanienne encore incréée, notamment à ses débuts de journaliste dans la presse privée mauritanienne entre 1993 et 1997 (collaboratrice à Al Bayane puis au Calame; cofondatrice et directrice de la rédaction d'Al Akhbar).

 

Une consultante freelance qui touche à des sujets encore tabous à l'époque, du SIDA (au FLM notamment), à la prostitution, en passant par l'esclavagisme. Comme cette approche frontale de cette dernière question dans "Le monde diplomatique" de novembre 1998 :

"Pourquoi maîtres et esclaves soninkés ne peuvent-ils toujours pas reposer dans le même cimetière ? Pourquoi les esclaves halpularens bénéficient-ils d’un accès si réduit à la terre, principale source d’émancipation économique au sein de cette communauté ? Pourquoi dans l’une ou l’autre de ces deux ethnies, principales composantes de la minorité afro-mauritanienne, serait-il encore aujourd’hui jugé scandaleux, indécent, qu’un homme d’origine servile prétende épouser une femme n’appartenant pas à sa caste ?

La véritable spécificité de l’ordre arabo-berbère ou maure en Mauritanie relève non pas des pratiques esclavagistes qui y ont été de mise - ou qui le sont encore, pour certaines -, mais du degré dans l’échelle d’une pratique générale, comme on le constate à propos de la communauté haratine, vaste population des esclaves maures « libérés » et de leur descendance." questionnait-elle. Un angle inédit à l'époque, et encore aujourd'hui par ailleurs.

 

Kia Sy, membre de la coopérative fméinine de Kininkoum. Crédit : Mozaikrim/MLK

Kia Sy, membre de la coopérative fméinine de Kininkoum. Crédit : Mozaikrim/MLK

Kia Sy, membre de la coopérative féminine de Kininkoum

 

A Kininkoum, situé à 35 kilomètres de Sélibaby, le jardin maraîcher de la coopérative féminine du village, "Kaafo" (L'union - en soninké), produit des légumes variés, et prépare le village à la soudure. Kia Sy en est une membre très active.

 

"Vous voyez, il y a des carottes, des choux, de la salade, des betteraves, des navets, des aubergines, des tomates etc.." dit-elle en montrant de la main les étendues vertes du périmètre. La coopérative existe depuis 30 ans, et compte 80 membres. "Nous vendons la majeure partie de la production, de Bouanze, Tachott, à Sélibaby; nous en tirons un revenu substantiel, avec lequel chaque femme de la coopérative reçoit en moyenne 15.000 ouguiyas par mois" affirme Kia.

 

Mais ce qui distingue Kia Sy des autres femmes de la coopérative, c'est que parallèlement à ses activités maraîchères, elle a développé une petite classe de remise à niveau pour les élèves du primaire de l'école du village. "Je n'ai pas eu le bac, mais j'ai quand même un certain niveau, que je peux mettre à profit pour les enfants en primaire, pour les aider à améliorer leur lecture, leur écriture et leurs calculs" dit-elle, en montrant la cour où se déroule les sessions de 1h30 qu'elle donne deux fois par semaine.

 

"Au début je ne m'occupais que de l'éducation de mes deux enfants, mais très vite, les voisins et ma soeur, m'ont amené les leurs pour que je les aide dans leurs devoirs et remettre à niveau certains; il y a des résultats encourageants pour certains d'entre eux, depuis plus d'un an que je fais cela" développe-t-elle. Aujourd'hui, 12 enfants de Kininkoum viennent dans la cour travailler leur niveau scolaire, deux fois dans la semaine. "C'est une fièreté assurément. Kia a toujours été une travailleuse dans l'ombre pour le bien de la communauté; je l'ai vue acheter des bics et des cahiers pour d'autres enfants, leur martelant qu'ils ne s'en sortiront pas sans une tête bien faite!" assure le chef du village.