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Mozaikrim

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Oumar Ball : « Esquisse de vie », ou le regard mature, sans fard, du jeune artiste devenu homme

Oumar Ball : « Esquisse de vie », ou le regard mature, sans fard, du jeune artiste devenu homme

Le jeune peintre mauritanien marque dans sa nouvelle exposition présentée à l’institut français de Mauritanie (IFM), ce mardi 4 avril, l’évolution, la maturation de son regard d’artiste, et de sa technique. Toiles, sculpture en fils de fer, scènes de rue « mises en forme », s’offrent à nos sensibilités à l’IFM de Nouakchott, du 4 au 14 avril.

Le chien, la jeune femme, ou l'enfant buvant de l'eau, des bribes de vie emmêlés de fils. Crédit : Mozaikrim/MLK

Le chien, la jeune femme, ou l'enfant buvant de l'eau, des bribes de vie emmêlés de fils. Crédit : Mozaikrim/MLK

Si la vie peut ne tenir qu’à un fil, Oumar Ball nous dévoile dans sa nouvelle exposition à l’institut français de Nouakchott, intitulée « esquisse de vie », qu’elle peut volontiers jouer l’équilibriste sur plusieurs fils. Les portraits ébauchés, semi-musclés par quelques plaquettes de fer de ces animaux errants de Nouakchott, chiens, ânes, ou celui de cette jeune femme au cou gracile, marquent le caractère essentiel, au sens primal du terme, de ces êtres observés.

 

Son regard d’artiste, sa technique, évoluent, mais c’est toujours le même jeune homme, discret et timide, le même sourire d’enfant fiché aux lèvres. « J’ai commencé à travailler sur ce projet d’esquisses en janvier 2017 ; je travaille habituellement les matières comme le fer et le plastique séparément. J’ai eu l’idée pendant ces trois mois d’intense créativité, d’essayer de les réunir » explique-t-il.

Oumar Ball : « Esquisse de vie », ou le regard mature, sans fard, du jeune artiste devenu homme

Œuvres empreintes de liberté ; en même temps qu’Oumar Ball explore ses possibilités créatrices, techniquement, dans l’alliage des matières, dans l’in-finition voulue des scènes ébauchées, il explore et défriche la condition urbaine des animaux et des êtres qui peuplent la capitale mauritanienne.

 

On assiste alors, à l’élagage des excès de sa technique, de ceux de son regard sur la société mauritanienne : il va droit au cœur des choses, dans le dépouillement le plus profond des superficialités de ces conditions qui peuvent voiler le regard sur ces êtres. Les chiens sont des structures « zombiesques », décharnées, malheureuses visiblement ; les ânes sont morts, chairs putrides dans les rues, entourés de ses semblables tués à la tâches.

La scène de l'âne mort, comme on en voit tant à Nouakchott, dans les rues. Crédit : Mozaikrim/MLK

La scène de l'âne mort, comme on en voit tant à Nouakchott, dans les rues. Crédit : Mozaikrim/MLK

Et les humains, ha les humains au travers des yeux d’Oumar Ball ! Sans couleurs au prisme de ses fils embobinés, formant traits, cous et dignité, ou de ses coups de pinceaux à la peinture in-finie, esquissant des scènes quotidiennes des quartiers périphériques de la capitale. Des êtres encore inaccomplis.

 

L’ancien président de la communauté urbaine de Nouakchott, Hamza, à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance mauritanienne, répondant à une question sur l’évolution du pays 50 ans après, disait que pour avancer, fusse lentement, qu’il fallait d’abord être sur les rails ; et nous n’y étions pas encore à ses yeux. Ces esquisses sculptées, dessinées, scénarisées d’Oumar Ball nous ramènent à cette réalité particulièrement mauritanienne sur beaucoup de plans : l’in-création d’un socle, d’une société solide, l’inaccomplissement d’un projet, l’inassouvissement des velléités d’être de la majorité.

Oumar Bal, durant la présentation de son exposition, à son vernissage à l'IFM de Nouakchott. Crédit : Mozaikrim/MLK

Oumar Bal, durant la présentation de son exposition, à son vernissage à l'IFM de Nouakchott. Crédit : Mozaikrim/MLK

Le charretier d'eau.

Le charretier d'eau.