Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Mozaikrim

Mozaikrim

Menu
Hajiratou Bâ, maire de Gouraye : "Le Guidimakha survit grâce aux immigrés et aux ONG, l'état n'y sert à rien"

Hajiratou Bâ, maire de Gouraye : "Le Guidimakha survit grâce aux immigrés et aux ONG, l'état n'y sert à rien"

Une rencontre lors de divers ateliers communaux au Guidimakha. Et à chaque fois dans les débats, unique femme dans les séances, une force dans la présence, une puissance dans l'argumentation, et une inflexibilité dans l'engagement auprès de ses concitoyens de la commune de Gouraye, qui la rendent crainte par ses homologues mâles frileux du Guidimakha. Portrait d'une définition de la volonté.

Hajiratou Bâ, dans son bureau à Gouraye. Crédit : Mozaikrim/MLK

Hajiratou Bâ, dans son bureau à Gouraye. Crédit : Mozaikrim/MLK

"Les populations avant tout ! - Lancé il y a un an et demi, le programme de Renforcement Institutionnel en Mauritanie vers la Résilience Agricole et Pastorale (RIMRAP), a été conçu avec la participation du réseau des maires du Guidimakha, dont Hajiratou Bâ est la vice-présidente. "Nous attendons beaucoup du projet du RIMRAP auquel nous avons participé dans le montage, dans la région; il devrait sensiblement améliorer la résilience de la région, au niveau agricole en particulier, et connecter davantage les localités de la commune" explique la maire de Gouraye.

 

Dans le cadre de ce projet, Gouraye bénéficiera de la formation de deux auxiliaires vétérinaires, et du désensablement de deux mares et de bras de fleuves à aménager avec des barrages servant également de ponts. "Les populations des alentours de la commune seront ainsi désenclavées, et ne seront plus coupées du chef-lieu, notamment durant les périodes de pluies, parfois torrentielles au Guidimakha" soutient Hajiratou Bâ.

 

"Populations" : le mot qui revient le plus souvent dans la bouche de cette femme, qui porte les marques de son engagement sur ses mains. "Nous étions des dizaines l'an passé à essayer d'éteindre un feu de brousses, phénomène face auquel les autorités sont souvent inactives, avec un plan de contingence à peine existant. Nous avons lutté deux jours durant contre le feu qui menaçait quelques localités de la commune. Les cicatrices sur la paume de ses deux mains viennent de là" narre un proche collègue, après un silence marqué de la maire, par la pudeur, quand le sujet fut abordé.

"Le Guidimakha survit grâce aux immigrés et aux ONG, l'état n'y sert à rien"

Gouraye, commune oubliée – Maire UFP de la commune de Gouraye, Hajiraotu Bâ pointe du doigt l'un des problèmes majeurs de sa zone : l'accès à l'eau. "383 ouguiyas la tonne, au lieu des 200 ouguiyas sociaux, c'est bien trop cher pour des populations souvent démunies" s'énerve-t-elle pour la première fois qu'on discute. "Tous les citoyens mauritaniens sont sur le même pied d'égalité que le président de la République; si lui a de l'eau, ses citoyens à qui il doit la vigilance d'un père de famille, devrait en avoir pareillement" continue la maire.

 

Si aujourd'hui certaines des anciennes localités de la commune ont vu des bornes-fontaines érigées en leur sein, "il a quand même fallu 6 mois avant que le directeur de la SNDE ne donne son autorisation pour leur mise en place" s'insurge Hajiratou Bâ. "Les populations d'ici sont encore traumatisées par 1989, et n'ont pas osé toucher aux vannes d'eau qui longent leurs villages pour aller à Sélibabi et fournir la capitale régionale avec l'eau du fleuve quand je les y exhortais" déplore-t-elle, remerciant au passage les associations de la diaspora issues du Guidimakha, qui ont beaucoup fait, notamment dans la sécurisation des terres potentiellement arables, soient "30kms le long du fleuve".

 

Avec seulement 4 postes et 1 centre de santé pour près de 30.000 habitants, tous financés par la diaspora et les ONG oeuvrant au Guidimakha, la commune de Gouraye voit ce constat dupliqué en ce qui concerne les écoles également. Ce qui fait dire amèrement à la maire : "Le Guidimakha est tenu par les migrants et les ONG; nous ne voyons pas l'utilité de l'état ici"

Ordonnance 2013/162 du 30 mai 2013.

Ordonnance 2013/162 du 30 mai 2013.

Une lionne du Guidimakha – Vice-présidente du réseau des maires du bassin du fleuve Sénégal, mis en place l'an passé, Hajiratou Bâ est une combattante reconnue et crainte au Guidimakha, pour la cause des populations de Gouraye sur le plan des droits humains. "Elle nous a souvent défendu face aux autorités, par rapport à nos litiges, avec les éleveurs de chameaux notamment" témoigne un agriculteur d'une des localités proches de Gouraye, et de passage à la mairie pour un problème d'eau.

 

"Il y a souvent des problèmes entre éleveurs de chameaux et agriculteurs, et malheureusement les autorités donnent systématiquement raison aux éleveurs, quand un chameau est retrouvé mort près du périmètre céréalier ou maraîcher d'un agriculteur complètement détruit lui aussi. Là par contre, avec une récolte entière détruite, les agriculteurs ne reçoivent jamais gain de cause ! Parfois il est vrai que les chameaux sont empoisonnés, et parfois il sont morts de mort naturelle ou de faim! Et ne pas perdre une tête, même accidentellement, l'éleveur repère l'agriculteur le plus proche de la dépouille de l'animal et porte plainte... avec succès à chaque fois. La localité de Jedida a perdu toute sa récolte de légumes l'an passé à cause des chameaux d'un éleveur, et l'état, ni l'éleveur ne les ont dédommagé, une honte!" s'indigne longuement, presqu'à bout de souffle la maire.

 

Les successifs commandants de brigade de la zone (contre qui elle s'indigne régulièrement) se sont enrichis en servant d'intermédiaires favorables aux éleveurs toutes ces dernières années, selon la maire de Gouraye. "A un moment c'est aux populations de se mettre debout, on ne peut pas tout le temps parler pour elles. Je suis souvent interpellé par des concitoyens qui ont encore du mal à se faire recenser, et je leur explique sans relâche qu'ils doivent se munir de cette ordonnance 2013/162 du 30 mai 2013 qui stipule qu'un mauritanien n'a pas à présenter de papier, si des témoins fiables peuvent attester de sa nationalité!" affirme celle qui a participé aux manifestations de Touche Pas à Ma Nationalité dès les premières heures.

 

"On me prend pour une radicale, j'assume. Mais à un moment il faut être clair et oser appeler un chat un chat sans craindre un éventuel terrorisme intellectuel qui incite à peu de clarté. Par exemple sur la question des langues, là où il n'y a pas un partenaire étranger, lors des conseils municipaux notamment, je parle en pulaar. Les autres maires ont encore peur de suivre, mais cela viendra" espère avec un sourire de défi, Hajiratou Bâ.