Tiss'ame, une boutique discrète et colorée en plein Montmartre : Alice Zenka revisite et valorise les tissus africains traditionnels, à travers des designs modernes et inspirés de ses modèles uniques vestimentaires et d'accessoires. Rencontre entre mode, culture et perspective.

Alice Zenka dans sa boutique. Crédit : Mamoudou Lamine Kane/Mozaikrim

Alice Zenka dans sa boutique. Crédit : Mamoudou Lamine Kane/Mozaikrim

Le « kenté » des Ashantis, le « bogolan » malien, le « rabal » des mandjaks du Sénégal, communément appelé « pagne mandjak », les indigos... Autant de tissus traditionnels africains, qui reviennent (lentement) dans la mode à travers de nouveaux créateurs africains, et même européens.

Alice Zenka en fait partie. « Il y a un développement du travail pour le Wax dans le monde. Mais le Wax n'est pas un tissu africain, même si l'ouest du continent se l'est réapproprié. Je ne travaille que les tissus historiquement traditionnels de l'Afrique de l'Ouest, en particulier les pagnes nigériens, et les indigos guinéens depuis un peu plus longtemps » affirme enthousiaste la styliste.

Un travail qui trouve une inspiration mixte entre l'origine culturelle des tissus, et la modernité dans la rue, et affiné à la cour des orfèvres à Dakar, entre des bijoutiers mauritaniens et des tailleurs sénégalais. « Je pense de plus en plus à travailler sur la melahfa maure et les broderies traditionnelles  » dit-elle.

Tiss'ame regroupe sa mosaïque créatrice : sacs à mains, sacs à dos, robes, écharpes, vestes, bijoux... Autant d'éléments riches de la tradition africain et de l'inspiration d'Alice Zenka, qui existent depuis l'avènement de la marque en 2011 (après l'existence d'une première marque, Zenka Influence, qui travaillait essentiellement sur le Wax et un peu sur le sari indien– ndlr).

Après un bac d'arts appliqués, et une école de stylisme et design, la styliste s'envole régulièrement pour le Sénégal. « Ma mère m'a élevé dans un environnement ouvert sur le monde et les cultures » souligne l'artiste.

Un sac à main Tiss'ame.

Un sac à main Tiss'ame.

« Veillez à la juste rétribution des producteurs »

 

Une ouverture qui la convainc tôt que le commerce équitable serait le modèle qu'elle retiendrait pour soutenir la création de ses œuvres. « Il devient urgent et important de veiller à la juste rétribution des producteurs, et artisans. Les artisans et tailleurs avec lesquels je travaille à Dakar ou ailleurs, sont des partenaires quasiment, et tirent le prix le plus juste de la confection des produits sur lesquels je travaille. » explique-t-elle.

Un commerce équitable qui prend un ton particulier avec le travail particulier effectué sur les tissus traditionnels ouest-africains. « Tous mes articles sont faits à la main. Ces tissus ne sont pas forcément connus en France, et sont assimilés parfois à des tissus latins. D'ailleurs, les tissus traditionnels africains même en Afrique ne sont pas encore prépondérants. Le Wax et le Bazin sont encore maîtres et ce ne sont pas des produits africains. J'ai eu des retours africains, de beaucoup qui étaient étonnés du travail qu'on pouvait faire sur le pagne par exemple. » continue la jeune femme.
 

« Diktat des canons occidentaux du beau »


Le bronze Akan de Côte d'Ivoire sert de matière à certains de ses bijoux. « Les savoirs faire d'Afrique de l'Ouest me passionnent. » justifie-t-elle simplement. Tout en regrettant que ces matières auxquelles, avec d'autres créateurs, africains et européens, elle essaie de redonner un second souffle. « Il y a un diktat des canons occidentaux du beau que l'on retrouve aussi dans le travail de la mode et du design. Feu Thomas Sankara, au Burkina a été un des premiers à avoir eu cette perspective du « consommer local » vestimentairement déjà ! Le Burkina est le pays où le pagne tissé est le plus utilisé. La Côte d'Ivoire également dans une moindre mesure. » Conclut Alice Zenka.

Boucles en bronze Akan.

Boucles en bronze Akan.

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