Finale Mauriapp Challenge : Une soirée de tous les gagnants
17 févr. 2015
Après un report de trois semaines, la finale attendue du Mauriapp challenge a eu lieu lundi soir, à la chambre de commerce de Nouakchott. Plébiscité par le public, l’application Diabapp remporte le prix du jury également. Une consécration qui ne masque pas le plus grand succès de cet évènement : Avoir su être une alléchante et encourageante vitrine des forces vives des NTIC mauritaniennes.
Pour une fois en Mauritanie, en parlant d'initiative de jeunes, on parle réellement de jeunes, même pas la trentaine pour la majorité d'entre eux, et non pas de cinquantenaires, ou de grabataires atteints du syndrome de Peter Pan. En ce sens, on a toutes les raisons de se réjouir du succès dans l'organisation du Mauriapp Challenge, et des potentialités, en termes de compétences et de ressources humaines, qu'elle montre à ce pays. Ce qui était dès le départ un des objectifs de la structure organisatrice HADINA RIM TIC, créee par Mariam Kane.
"On tenait vraiment à montrer qu'avec de la volonté et du talent, et un soupçon d'aide, de chance donnée, on pouvait mettre en branle les ressources humaines en technologie de ce pays, et générer éventuellement à l'avenir de potentielles start-up et de nouvelles technologies." argue enthousiaste la jeune femme, initiatrice de ce projet.
"Nous voulons pousser et accompagner l'existence d'un écosystème viable pour pérenniser l'éclosion des talents : les partenariats tissés avec l'état, mais aussi les partenaires privés comme la Banque Mondiale ou Chinguittel par exemple, vont dans le sens de stimuler l'entrepreneuriat des jeunes, et lancer un incubateur de talents pour les jeunes sortant de fac" continue-t-elle.
Un enthousiasme partagé par la totalité des acteurs, et des invités présents lors de cette finale. «Cette initiative, il faut le rappeler, partie de rien du tout, si ce n’est de la passion et de la volonté d’un groupe de jeunes, et de la vision de son initiatrice, Mariam Kane, est à encourager. Si l’état accompagnait dès l’embryon ce genre de projets, on lutterait bien plus efficacement contre le chômage des jeunes, que l’on voit ici motivés, plein d’idées et de ressources, mais sans une main bienveillante pour les faire croître. Il est temps de sortir de la politique politicienne à cet égard» affirme Djindah Bal, DG de Butterfly Communications, et membre du jury pour cette finale.
Une gagnante, dix consacrés
L'espace d'un début de soirée, et d'un lieu de rencontre où une Mauritanie souriante, intelligente, et sans complexes, s'est retrouvée avec elle-même, on a vu ce que le destin donnerait à ce pays, si seulement la volonté politique affalée et bedonnante, laissait les compétences de ce pays s'accomplir.
Un sourire, une intelligence, une conscience de soi, que l'on retrouve chez Khadijetou Abed, gagnante de cette finale, avec son application Diabapp, plébiscité d'abord par le public il y a trois semaines, avant que le jury ne lui emboîte le pas hier soir : «Diabapp assure la connexion en temps réel entre le patient et son médecin. En cas d’urgence, le médecin peut envoyer un diagnostic et une éventuelle ordonnance au travers de l’application. La connexion 3G dont bénéficie le pays permet son usage en temps réel» assure la gagnante de la finale, Khadjetou Abed.
De mêmes yeux pétillants que l'on retrouve dans le duo formé par Niammé Maghat Niang et Diouly Oumar Diallo, créateurs de l'application arrivée 3ème, Taxisecure. Après le viol et le meurtre barbare de Penda Soghé, ils ont travaillé sur un moyen de permettre à n’importe quel citoyen, notamment les plus vulnérables, de s’assurer de sa sécurité en prenant un taxi. L’émulation commune, et le désir de changer les choses donne naissance à Taxisecure.
"Développée sous Androïd, cette application permet de savoir déjà si le taxi est en règle ou pas, en photographiant sa plaque d'immatriculation. Un système de "tracking car" permet à un proche de la personne prenant le taxi, de vérifier en temps réel la progression du trajet du taxi pris. En cas d'alerte, en un clic la personne dans le taxi peut déclencher une alarme sur le portable de son proche, indiquant également toujours, son emplacement" explique Niammé Niang.
Quatre des dix applications finalistes couvrent le domaine du tourisme, un des potentiels piliers économiques du pays. Le second gagnant justement en fait partie, Smarcity. "Avec cette appli, vous avez avec un système de géolocalisation, la situation des hôtels, pharmacie, commissariats, cliniques, écoles, restaurants, les plus proches de votre emplacement. Ainsi vous pouvez vous orienter plus facilement, et faire vos choix en temps réel" dit Soueidy El Moctar, membre du trio qui a développé l'application.
Dans ce secteur, l'application Mauridiversité, étoffée, est une vraie vitrine de la mosaïque culturelle et linguistique qu'est la Mauritanie. Une application qui guidera le touriste éventuel, et même le mauritanien ne comprenant pas toutes les langues nationales. Car l'application contient un dictionnaire et un traducteur, en plus d'une présentation détaillée de toutes les communautés cohabitant sur le sol mauritanien.
Inédit, dans le contexte mauritanien, dans le lot de projets présentés, Nezaha voit un Snowden en herbe offrir une vraie perspective de lutte contre la mal-gouvernance, et la corruption.
"Nezaha est une plateforme libre, pour tout citoyen désireux de dénoncer de manière documentée, des cas de corruption avérée. L'anonymat est garanti, et aucune information personnelle n'est demandée pour y accéder" assure Mohamed Abdallahi El Ghadi, membre du duo qui a développé cet instrument qui devrait a priori intéresser le gouvernement, qui crie du palais ocre vouloir lutter contre la gabegie et la corruption...
