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Mozaikrim

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Dirk Booy, numéro 2 de World Vision International : "Optimiste, car l'Afrique change si vite!"

Dirk Booy, numéro 2 de World Vision International : "Optimiste, car l'Afrique change si vite!"

Dirk Booy, numéro 2 de World Vision International : "Optimiste, car l'Afrique change si vite!"

Dirk Booy, numéro 2 de World Vision International a visité durant quelques jours la Mauritanie. Au-delà de la visite des projets de l'organisation dans le pays, particulièrement à Nouakchott, et au Brakna, la perspective d'un homme qui a passé 20 ans en Afrique de l'Est, sur le leadership africain de demain. Entretien.

Vous avez passé 20 ans de votre vie en Afrique (de l’est notamment-ndlr). Avez-vous perçu l’émergence d’un leadership vigoureux et innovant en Afrique, au-delà de World Vision ? Plus globalement êtes-vous optimiste sur ce sujet ?


Extrêmement, profondément optimiste ! Je le deviens même de plus en plus avec le temps ! Ce qui m’encourage c’est que l’Afrique change si rapidement ! Si vous y pensez : les USA ont 250 ans d’histoire ; cela leur a pris tout ce temps pour arriver là où ils sont aujourd’hui. La plupart des pays africains ont entre 50 et 60 ans d’existence ; et la voie du changement dans ces pays est au moins dix fois plus rapide que ce qu’elle était aux USA, ou au Canada. L’Afrique absorbe actuellement assez vite ces changements.

Un bon exemple de ce fait observable : Les portables. La plupart des pays africains saute l’étape de la ligne fixe dans la télécommunication. Ils vont directement aux nouvelles technologies mobiles ! Ils intègrent plus vite les potentialités de ces nouvelles technologies. Quand je suis arrivé en Tanzanie en 1981, j’étais à douze heures de voitures du téléphone le plus proche. Aujourd’hui il y a des portables partout.


Deuxièmement, arrive la question de l’éducation. L’Afrique s’éduque de plus en plus, et surtout de mieux en mieux, avec des compétences techniques plus affirmées. Donc nous assistons à l’émergence de tout un groupe très compétent de jeunes leaders africains, à travers tout le continent ! Ces personnes exceptionnelles ont ce qu’il faut pour mener les choses vers l’avant. Il faut donc les mettre aux places qu’il faut, et les mettre face à de bonnes opportunités. Là ils pourront faire la différence.

Pensez-vous que votre structure peut apporter sa pierre à l'édifice ?



World Vision est une organisation internationale qui compte plus de 45.000 salariés. Si vous vous figurez que chaque leader dirige entre sept et dix personnes, cela veut dire que j’ai besoin d’un millier de nouveaux leaders chaque année ! Ça fait beaucoup de leaders n’est-ce pas! (rires) L’idée est que l’essentiel de ces leaders doivent venir, et viennent même de l’intérieur, pas de l’extérieur. Donc nous devons être pleinement orientés vers l’identification de ces divers leaders. Et par « divers » j’entends aussi bien l’âge, le genre, l’expérience, leurs domaines d’expertise etc.

Nous devons construire cette diversité et préparer non pas l’avènement des prochains leaders, mais de ceux après ces derniers. A ce niveau, même durant ce séjour j’encourageais les leaders que je rencontrais à identifier ces leaders de demain. Que fait-on pour identifier ces leaders, et comment les préparer ? on peut les préparer en leur donnant plus de responsabilités dans leur boulot, en leur faisant faire plus de stages de formations, de coaching, de mentoring…
Cela nous mène au deuxième point de la réponse : le staff ne doit pas attendre l’organisation internationale pour orienter sa stratégie en ce sens. Le staff doit montrer des initiatives par lui-même. Cela donne la combinaison de ces volontés suivantes pour tendre vers cela : le staff doit projeter sa carrière dans le futur, et l’organisation doit se poser continuellement la question de «qui sont les meilleurs parmi eux ?». Dans notre langage on parle de la rencontre de la «planification de la succession» et du « cheminement professionnel ». Si on a besoin de 1000 nouveaux leaders chaque année, on les trouvera plus certainement en nous que de l’extérieur ! C’est un travail d’identification et de formation continue des potentiels leaders qui doit être fait en Mauritanie également.

Ayant dit tout cela, en tant que leader au sein d’une organisation, je voulais être clair sur le fait que je ne crois pas à la nationalisation totale. Il faut une part claire d’internationalisation. Ce que je veux dire c’est que nous devons trouver le bon équilibre entre les individus de tous horizons ! Nous devons continuer à grandir dans cette idée, et construire cette « diversité » dont je parlais plus tôt. Je ne dis pas que seuls les mauritaniens devraient travailler en Mauritanie par exemple, ou les tanzaniens en Tanzanie ! Ce que je dis clairement, c’est que si on ne participe pas à construire un leadership local, on ne fait pas notre boulot en tant qu’organisation internationale. Ces leaders mauritaniens ne sont pas appelés qu’à œuvrer dans leur pays, mais également et particulièrement à l’extérieur. Si des opportunités ne leur sont pas offertes, et considérant la progression constante en termes de compétences de notre staff, je crains que nous ne perdions des valeurs sûres.

Vous avez rencontré à Nouakchott des chefs religieux musulmans. Qu’est-il ressorti de votre entretien?


World Vision est une organisation chrétienne. Nous sommes motivés par ce que nous croyons que Dieu nous a dit de faire : d’utiliser nos dons et talents pour servir les plus démunis, et spécialement faire une différence pour les enfants. Quand je suis arrivé en Mauritanie, pays musulman à 100%, dans un autre groupe confessionnel donc, j’ai eu à rencontrer des leaders religieux. Nous avons en commun cet objectif compassionnel de provoquer un changement positif majeur dans le bien-être des enfants.


Quand nous partageons ces valeurs, et que nous sommes capables en commun de faire le bien, au regard de nos fois respectives, nos actions sont encore plus fortes, et en tant qu’humains nous devenons meilleurs. Les leaders religieux que j’ai rencontrés ont eu des mots très favorables à l’encontre de World Vision. Ils ont compris qu’il n’y avait pas à avoir peur de nous, que nous ne faisions pas de l’évangélisation, même si nous revendiquons notre identité chrétienne. Ils savent ce qu’on fait ici, et d’ailleurs ont émis le vœu de nous voir faire bien plus, avec eux à nos côtés ! La perspective est excitante.


Les programmes comme « Channel of Hope » ou « Celebrating Families » nous aident à renforcer le dialogue interconfessionnel, à faire se parler les différentes communautés religieuses, sur la base bien plus large de ce qui nous unit, plutôt que du peu qui nous divise. Et je crois fermement en tant que chrétien, que Dieu bénit ce genre de dialogue et d’union des cœurs et des objectifs humains, malgré nos différences.

Qu'avez-vous observé sur la résilience des communautés mauritaniennes que vous avez rencontrées?



J’ai eu une visite merveilleuse en Mauritanie, excitante et vraiment très instructive, pour ma première fois dans cette partie du monde. Je découvre comment World Vision y œuvre dans le sens du bien-être des enfants. Quelques choses m’ont frappé : d’abord, World Vision est là depuis plus de 30 ans, et je me rends compte que beaucoup de travail a été abattu auprès des communautés. Certaines d’entre elles arrivant à la fin de leur parrainage par World Vision, m’ont clairement et fièrement dit : « Si vous partez aujourd’hui, on est prêts à prendre la relève ! ».


Les membres de ces communautés, notamment dans le quartier périphérique de Nouakchott, Arafat, m’ont montré l’impact de leur centre de développement communautaire sur l’éducation de leurs enfants, sur leurs activités génératrices de revenus, et surtout tous les efforts qu’ils développent pour maintenir dans leur sphère sociale le lien de solidarité, notamment auprès des enfants du quartier. C’est vraiment ce vers quoi tend World Vision, et qu’on apprécie : voir des communautés émerger dans la résilience et se prendre en charge complètement par elles-mêmes !