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Mozaikrim

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Mamadou Ba et Aboubacar Dia, infirmiers d'état : Des soins et des rires, ex-nihilo

Mamadou Ba et Aboubacar Dia, infirmiers d'état : Des soins et des rires, ex-nihilo

Aboubacar Dia, infirmier chef de poste à Nebdoua-2. Crédit : Mozaikrim/MLK
Aboubacar Dia, infirmier chef de poste à Nebdoua-2. Crédit : Mozaikrim/MLK

Dans le département d'Amourj, au Hodh El Charghi, Aboubacar Dia et Mamadou Ba sont respectivement infirmiers à Nebdoua-2 et à Dourghal. Un métier qu'ils pratiquent envers et contre le dénuement quasi-total de leurs postes de santé, parfois de leurs poches. Rencontres croisées.

A Nebdoua-2, poste de santé situé à près de soixante kilomètres de Néma, deux pièces servent à la consultation et au stockage des médicaments. Dehors, comme dans des dizaines d'autres postes dans le Hodh El Charghi, les patients attendent, certains au soleil, d'autres sous un hangar de fortune. Juste à côté d'eux, la troisième pièce externe du poste, en banco, qui s'est écroulée lors des dernières pluies et qui demeure encore aujourd'hui en l'état. "Heureusement que ça s'est passé la nuit, et qu'il n'y avait alors personne. Mais presque tout le matériel, et nos documents ont été détruits" dit Aboubacar Dia, infirmier du poste depuis dix ans. Chaleureux avec tous ses patients, certains l'appellent affectueusement tonton.

"Le paludisme, la diarrhée, les toux et les bronchites sont les maladies les plus courantes dans cette zone. Actuellement, il y’a une forte carence en nutriment chez les femmes enceintes. On a beaucoup de craintes par rapport à la soudure qui va débuter bientôt" affirme Aboubacar Dia. Avec une moyenne de 50 consultations quotidiennes, l’infirmier Dia est parfois confronté à des cas de pauvreté extrême, qui ne sont pas pris en charge. « Que voulez-vous faire quand un patient extrêmement malade ou blessé vient à vous sans un sou en poche, même pas 100 ouguiyas !? Vous le soignez, envers et contre tout. Particulièrement ici, dans des zones reculées où les populations se sentent oubliées du système, être musulman, et le serment d’Hippocrate ont encore de la valeur » dit-il.

A Dourghal où opère Mamadou Ba, la situation est la même : les maladies les plus fréquentes sont le paludisme, la diarrhée, les toux et bronchites, ainsi qu’une forte prévalence de la malnutrition observée pendant la période de soudure. Ce mercredi, journée de vaccination, il observe inquiet la faible queue de mères ou accompagnantes attendant dehors avec leurs enfants à vacciner : "Les populations sont devenues réticentes aux dépistages et à la vaccination, depuis l’incident survenu lors des journées de vaccination nationale, où des cas de décès d’enfants ont été constatés en lien avec les vaccins administrés à ces enfants" explique l’infirmier.

Mamadou Ba dans son poste à Dourghal. Crédit : Mozaikrim/MLK
Mamadou Ba dans son poste à Dourghal. Crédit : Mozaikrim/MLK

Un problème de mobilisation des communautés qui doit être pris au sérieux par les autorités selon Mamadou, qui plaide pour une sensibilisation d’urgence à ces populations à majorité analphabète. Dans les deux postes, l’autre problème crucial est l’accès à l’eau potable, de la structure de santé, mais des communautés également. "Les populations utilisent les puisards et les eaux de surfaces pour la consommation domestique ; l’accès à ces ressources est très difficile avec 3 heures de temps pour la collecte et le transport de la source jusqu’au domicile" développe Aboubacar Dia, en prenant la tension d’une femme aux gencives infectées.

A la fin de sa journée, Mamadou rentre chez lui, à 5 mètres en face, retrouver son fils de 4 ans, et sa femme, rencontré dans la localité en arrivant à sa mutation dans la zone. Mais même là, parfois à des heures tardives, les patients viennent le trouver. « Mais seulement pour les cas les plus urgents ; j’ai fait comprendre à la communauté que j’étais là pour elle, nuit et jour ; mais la nuit, qu’ils soient persuadés de l’urgence de leur situation avant de passer ! » lance-t-il en riant doucement en prenant dans ses bras son petit métis accourant vers lui. « Il parle déjà couramment pulaar et hassanaya ; je ferai en sorte qu’il apprenne une autre langue nationale. C’est l’idée que j’ai du mauritanien de demain : polyglotte de ses propres cultures qu’il aura assimilé » argumente Mamadou Ba.